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Images aléatoires

Mardi 6 janvier 2009


Communiqué des anarchistes contre le mur

Dimanche 4 janvier 2009,


 

Traductions d’articles du site des anarchistes contre le mur et du blog de Ilan Shalif : http://awalls.org/

 

Plus de photos ici.


 

L’assaut le plus brutal d’Israël contre Gaza depuis 1967 – sous le nom de code "Opération Plomb Chargé" – qui a commence le samedi 27 décembre et a tué 250 palestiniens dès le premier jour, a rencontré une condamnation généralisée partout dans le monde ainsi que des manifestations en Israël.

 

Les manifestations avaient déjà commencé le jour précédent l’offensive aérienne israélienne "choc et crainte", quand des activistes ont manifesté dans le cœur de Tel Aviv, pour avertir contre l’escalade des menaces et l’appel à des pour-parler de paix avec les officiels démocratiquement élus de Gaza. Cette manifestation, appelée par la Coalition contre le siège de Gaza, a été virtuellement ignorée par les principaux médias israéliens.

 

Le samedi 27 décembre 2008, alors que nous apprenions le carnage et la dévastation causée par les avions de guerre israéliens infligés au matin sur une population gazaouie assiégé et déjà souffrante, les activistes des anarchistes contre le mur (ACM) ont rejoint une centaine de manifestants en colère dans une manifestations spontanée dans la ville de Jaffa. Beaucoup d’habitants locaux ont de la famille dans la bande de Gaza, étant donné qu’une grande part de la population de Jaffa a été forcée de fuir vers Gaza en 1948.

 

Les habitants et des militants de Jaffa

 

Au même moment, des émeutes ont explosées dans une douzaine de villes et de villages de Cisjordanie, ainsi qu’à Jérusalem Est. La plupart du fait d’affrontements entre de jeunes Palestiniens et les troupes Israéliennes. Plus tard dans l’après-midi, les Anarchistes contre le mur (AATW) ont participés avec des membres d’autres organisations, dans une marche de protestation de plus d’un millier de juifs et d’arabes dans les rues de Tel Aviv :

 

Les manifestants ont mené une marche énergique et chargée d’émotion du square de la Cinémathèque jusqu’au ministère de la défense, en criant "l’occupation est du terrorisme" et portant des pancartes "les ministres israéliens sont des criminels de guerre".

 

arrivée devant le cordon de la police montée :

 

En cours de route, les manifestants ont été attaqués sans raison par une Unité spéciale de patrouille soutenue par des membres de la police montée agressifs.

 

Les forces spéciales attaques le cortège des manifestants :

 

arrestation

 

D’autres affrontements ont eu lieu par la suite devant le Ministère de la défense, quand des anarchistes ont mis à bas la barrière de sécurité et ont essayé de bloqué la circulation sur la rue Kaplan. Six manifestants ont été arrêtés, qui ont ensuite été relachés par un juge le lendemain.

 

Le dimanche 28 décembre 2008, alors que le nombre de morts à Gaza s’approchait de 300 pour le second jour de l’attaque israélienne, les activistes d’ACM ont rejoint une manifestation dans le village de Ni’ilin contre les crimes de guerre d’Israel à Gaza.

 

Les forces israéliennes ont ouvert le feu sur les jeunes qui lançaient des pierres, tuant un des manifestants et en en laissant un second dans une situation critique.

 

Une troupe de militaires arrive :

 

Trois militaires israéliens en position de tir :

 

à 100 mètres environ, en amont de cette "barricade" :

 

Arafat Rateb Khawaja, 22 ans, a été tué d’une balle tirée dans le dos. Il est mort dans l’après midi à l’hôpital de Ramallah.

 

Mohammed Kasim Khawaja, 20 ans, a reçu une balle dans le front, tirée à proximité et est toujours dans un état de mort clinique à l’hôpital de Ramallah.

 

Le dimanche soir, AATW a pris part à une nouvelle manifestation survoltée dans le centre de Tel Aviv, où des douzaines de personnes ont appelé la population à la fin des opérations militaires en cours à Gaza et de l’occupation en général. Les protestataires portaient des pancartes disant "Intervention internationale maintenant" et "les Israéliens et les Palestiniens sont contre la guerre". :

 

Le Lundi 29 décembre 2008, les funérailles à Ni’ilin ont été extrêmement chargées en émotion : khouya :

 

puis suivies par une journée d’affrontement avec l’armée :

 

alors que des centaines d’étudiants faisaient entendre leur opposition sur les campus de Tel Aviv : de Haifa : et de Jerusalem : – manifestations qui ont tous donné lieu à des d’affrontements avec la police et ou des contre-manifestants fascistes, ainsi que des arrestations violentes.

 

Plus tard dans la journée, des manifestants se sont rassemblés devant l’Ambassade égyptienne de Tel Aviv, pour protester contre le silence et la collaboration égyptienne avec l’offensive israélienne. Les manifestants ont fait face à un extrêmement impressionnant contingent de police anti émeutes et de gardes frontières qui, incités par la foule enflammée des passants, a utilisé une violence extrême pour disperser la manifestation. Six participants ont été arrêtés, tous des palestiniens citoyens israéliens :

 

Plus tard dans l’après-midi, des members d’AATW ont rejoint une protestation d’arabes et d’israéliens contre les atrocités à Gaza qui avait lieu à Jaffa. Plusieurs centaines de personnes ont hissé des drapeaux palestiniens et ont lancé des slogans de solidarité avec la population de Gaza et de soutien à l’Intifada. L’évènement à culminé avec une marche bruyante et désordonnée dans les rues de Jaffa, bloquant parfois la circulation, qui s’est ensuite dispersée sans violence après une confrontation avec un fort contingent de renforts de police anti éméute et de gardes frontières :

 

Le mardi 30 décembre, une nouvelle manifestation enragée de quelques 200 personnes s’est ruée dans le centre de Tel Aviv. Malgré une forte présence policière, des œufs et des bouteilles vides ont été lancé sur les manifestants.

 

Le Vendredi 2 janvier 2009, une vingtaine de membres d’AATW (Anarchists Against The Wall) ont surpris les services de renseignements de la police en organisant à 6 heures du matin un "die in" à l’entrée de la base aérienne Sde Dov de Tel Aviv. Ils se sont allongés sur la route, feignants d’être morts en portant des combinaisons et des masques couverts de sang, devant l’entrée de cet aéroport où les pilotes se rendent pour prendre leur taxi aérien qui les amènera sur les bases aériennes.

 

Au bout de 10 minutes, les 21 participants ont été arrêtés :

 

A la demande de la police, honteuse de n’avoir pu empêcher préventivement l’action, clamant que les personnes arrêtés mettaient en danger la paix en temps de guerre, le juge a ordonné de les maintenir en prison le temps du week end et ainsi les empêcher de rejoindre les manifestations prévues ce week end. Ayala, l’un des activistes dit : "notre geste est destiné à montrer aux pilotes de l’armée de l’air israélienne, le résultat de leurs actions à gaza. A des milliers de mètre d’altitude, le pilote qui cible puis appuie sur un bouton peut ignorer, oublier ou être incapable de comprendre qu’en ce faisant il tue des personnes innocentes. Nous sommes venus ici pour leur rappeler cela".

 

une vidéo de l’action ici : http://www.youtube.com/watch?v=WpeC...

 

Communiqué des anarchistes contre le mur (AATW)

 

Depuis le début de cette guerre, les forces aériennes ont bombardé Gaza plus de 300 fois. Ils ont tué plus de 400 palestiniennes, des centaines de civils. Il est impossible d’être contre les bombardement de civils sur Sdérot en Israël sans être en même temps contre les tueries massives de civils à Gaza.

 

Les lois internationales de la guerre obligent d’éviter au maximum tout dommage contre les civils. Les bombardements de l’armée de l’air israélienne sur la bande de Gaza qui est très densément peuplée ne peuvent que toucher les civils, et sont des crimes de guerre. Chaque pilote qui bombarde Gaza bombarde une population civile et est un criminel de guerre.

 

A cause de trop nombreuses arrestations de vendredi matin, les autres membres d’ACM n’ont pu participer à la manifestation commune contre le mur de séparation seulement dans le village de Jayyous – où de très nombreuses grenades lacrymogènes ont été tirées, et à Bil’in – qui a encore été un champ d’expérimentation pour "les moyens de contrôle de foule de basse léthalité". Ce vendredi à Bil’in, les forces de l’Etat ont fait un nouvel essai de leur machine à bruit et de nouveaux projectiles. Il semblerait que leur principale tâche, en plus de ces expériences, était d’éviter de nouveaux cisaillement de la barrière de sécurité comme cela avait été le cas lors de la manifestation de dimanche contre la guerre à Gaza.

 

Pendant toute la semaine, nous avons distribué l’appel pour la manifestation de samedi au nom de la Coalition des organisations contre la guerre à Gaza, et dont les Anarchistes contre le mur sont partie prenante :

 

"Les massacres à Gaza continuent. Des centaines ont été tués, des milliers blessés, les attaques aériennes ont causé des dévastations totales et des familles entières sont maintenant laissées sans maisons. Les civils dans le sud d’Israel sont les otages d’un gouvernement qui leur ment et abuse d’eux. Les destructions et les morts à Gaza n’assureront par leur future, mais au contraire, conduiront à plus de violence et de morts.

 

Rejoignez nous dans la manifestation de ce samedi, nous appelons : Arrêt des massacres ! Non au siège de Gaza ! Oui à la vie pour les deux peuples !

 

Dans ces journées sombres, nous tenons à notre message : les juifs et les arabes refusent d’être des ennemis !

 

Notre demande : une trêve complète et la levée du siège de Gaza MAINTENANT !

 

PS : depuis des dernières semaines, des arrestations massives ont été opérées parmi les citoyens palestiniens d’Israël, qui ne faisaient qu’exercer leur droit démocratique de manifestation. Ce samedi, avant la manifestation de Tel Aviv, une rassemblement de protestation est appelé à Sakhnin par le Haut comité des arabes israéliens contre le massacre à Gaza. Merci de faire un effort pour le rejoindre. Votre présence est essentielle."

 

Le soir, après que la Haute Court ait interdit à la police d’interférer dans le contenu de la manifestation, des milliers de personnes ont convergé vers le square de la ville, y compris beaucoup de ceux qui participaient plus tôt à la manifestation de Sakhnin au nord. Quelques centaines de personnes ont participé au cortège anarchiste. Le cercle de tambour a constitué le centre de ce cortège tout le long de la manifestation. Les drapeaux, les bannières anarchistes ainsi que leur chants ont été la cible pendant toute la manifestation de militants de droite, qui ont échoué à causer des altercations.

 

- voir le site des anarchistes contre le mur (AATW -Anarchists Against the Wall) : http://awalls.org/
- Pour un soutien financier : Michal Raz, Paris - France michraz[at]hotmail.com

Par nicoducaire - Publié dans : Monde Arabe
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Lundi 5 janvier 2009

The Guardian, Monday 5 January 2009

Faysal Shawal, businessman in Gaza City

"We haven't been outside in a week. We have no electricity, we have no water. There is shelling and air raids and they don't stop, especially last night. There were raids everywhere - from the sea, air and ground. They destroyed the school that my kids go to, the American school. What did this school do to the Israeli army? They are bombing everything. It's a living hell. My children are petrified. I feel responsible for them, they are innocent but I can't help them.

The five of us sleep together but we don't sleep. The noise is terrifying. I feel like a 100-year-old man. My business has been shut down now for 20 months because of the siege. We don't know where we are going. There's no justice in this world."

Narnin Serraj, works for the UN High Commissioner for Human Rights and lives in Gaza city with her three children and husband

"For eight days we've lived in fear. No place in Gaza is safe. My kids are scared. I have three children. Adam, who is nine, has asthma. We don't have electricity so whenever he has an asthma attack we have to put the generator on so he can use the ventilator. Then we turn the generator off again because there's very little fuel.

We sleep in the hallway where it's a bit safer because when the bombs drop, the whole building shakes. If anything happens, I hope it happens to me. I feel guilty for having children here.

Gaza has never been safe or healthy, and now I have three children whom I cannot protect. My youngest son is three and all the time he's telling stories about bombing. It's hard for my children to see me falling to pieces. I have lost all attachment to this place.

What you see on the television is the physical devastation but you don't see what it's doing to our emotions. The only thing I think about is where they are going to bomb again."

Ahmed Al Dabba, 26, lives in eastern Gaza

"Last night about 9pm we heard the tanks starting to cross into Gaza. I jumped up on to the roof, I saw them entering through Karni crossing. They started firing artillery shells, it was very heavy, hundreds of shells. Eight landed on my uncle's house nearby. A neighbour's house was burnt. They called the fire service but no one came because the trucks were destroyed in raids. I spent most of the night counting the shells. In one hour I counted 200 shells. There was shooting but I don't know where. Now there are two tanks stationed at the end my street. From 9pm till 5am I was unable to sleep. I'm tired and exhausted."

Majeda Al Saqqa, community worker at the Culture and Free Thought Association, in Khan Yunis

"Every single night we hear explosions everywhere then all of a sudden the town goes quiet and you don't know what's happening. We don't have electricity most of the time and the phones often don't work.

My brother lives in Gaza City in front of the port where there's a lot of action. It's very hard to call him. I manage to call him every 12 hours, sometimes every 24 hours. We watch the television to see what's going on.

[The children] don't sleep at all and they are scared all the time. They ask us questions and we really don't know what to say. The smallest boy keeps asking why the birds keep flying away and why the planes are targeting them. They ask why the planes bomb our neighbours and why they bomb the mosque. They've never seen Israelis, they don't know who they are. We don't want them to grow up with hatred. It's very, very difficult and we are really tired of this."

Asma Al Ghoul, a journalist, working for the Palestinian paper Al Ayyam which Hamas banned from Gaza

"The planes attack everything that moves in the streets, nothing is safe in Gaza. When I see the children in the hospitals I start crying. The children lie there without arms, without legs, without speaking, they don't even cry.

In my work as a journalist everything is happening too quickly, we don't have time to write about it. It's all crazy. Hamas keeps spreading rumours, that it has kidnapped soldiers, to lift the people's spirits like Hezbollah did during the Lebanon war.

The victim here isn't Hamas or Israel. Hamas has become more popular. The victims here are the civilians, the ordinary men, women and children.

At night I try to sing to my son and to create new stories for him to distract him from the bombs. Yesterday he told me that he didn't want to hear the stories any more. He's just four years old."

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Dimanche 4 janvier 2009

Un article lu sur Daily News:

Police use violence against pro-Gaza protestors, arrest at least 40 Brotherhood members

By Sarah Carr

CAIRO: Police forces violently broke up pro-Gaza demonstrations in Downtown Cairo for the second consecutive day on Friday.

The protests were scheduled to take place after Friday prayers.

In the Ramsis area huge numbers of central security troops, state security investigations police and plain-clothed policemen were deployed in the area surrounding Al-Fath Mosque ahead of the protests.

The Al-Fath Mosque itself was closed ahead of time.

Men praying in smaller mosques in surrounding streets were surrounded by central security force troops armed with truncheons.

At the conclusion of the prayers the men started chanting pro-Gaza slogans and were immediately forced into a narrow alley by central security.

Clashes then began as the troops attacked the men with their batons.

Groups of men in plain-clothing, some of whom also carrying batons, periodically removed protestors and took them to nearby police lorries.

Daily News Egypt witnessed around 12 men being removed.

Further arrests took place when a different group of men further down the street finished praying and were set upon by a large group of central security force troops.

Police used greater violence outside the Gamaeyya Shareyya mosque on Galaa Street.

When Daily News Egypt arrived at 1:20 pm large numbers of central security troops had surrounded the entrance to the mosque.

Protestors were grouped at the entrance chanting pro-Gaza and religious slogans.

Groups of three to four men in plain-clothing forcibly removed individual protestors who were punched and kicked as they were carried.

Daily News Egypt saw one protestor — who was initially struggling — beaten into unconsciousness by the four men in plain clothing who were removing him.

He was taken to a nearby police lorry, where bystanders urged the police to take him to the hospital.

Two journalists, Per Bjorklund and Al-Badeel photographer Ahmed Murad had their cameras' memory cards confiscated by the police.

Meanwhile, police arrested at least 40 members of the Muslim Brotherhood as they prepared to hold anti-Israel protests, security officials told Agence France-Presse.

"They were detained in Cairo and the provinces as they prepared to demonstrate after Friday prayers," an official said.

At the capital's Al-Azhar mosque, about 100 demonstrators began chanting slogans against Israel and President Hosni Mubarak.

Dozens of riot police blocked the exits from the mosque when the demonstrators tried to break through.

Some of the police swarmed around one protester who broke through, kicking and beating him with truncheons, an AFP correspondent reported.

At least two protesters were arrested.

The Brotherhood's supreme guide, Mohammed Akef, had called the protests against the Israeli blitz, now in its seventh day, which has killed at least 425 Palestinians.

Israeli Foreign Minister Tzipi Livni held Cairo talks with Mubarak just two days before the launch of the Gaza offensive last Saturday, drawing charges of collusion from opposition sympathizers.

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Jeudi 1 janvier 2009
Des vidéos qui témoignent de la "vie" à Gaza sous les attaques israéliennes (en anglais):


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Mercredi 31 décembre 2008



LE MONDE | 31.12.08 | 11h48

Après le check-point qui conduit à l'entrée du camp de réfugiés de Shoufat à la périphérie de Jérusalem-Est, tout est noir. La rue n'est plus qu'un lit de cailloux à travers lesquels coule une suie provenant des pneus que les manifestants brûlent chaque jour depuis le 27 décembre, pour protester contre "le carnage de Gaza".

En haut d'un escarpement, une vingtaine de très jeunes Palestiniens lancent des pierres sur les forces de police en contrebas. Presque tous ont moins de 15 ans. Plusieurs ont le visage dissimulé par des cagoules et des keffiehs. Certains manient la fronde. "Nous défendons notre nation. Nous protestons contre ce qui se passe à Gaza. Nous voulons libérer notre pays. Que l'on nous donne des armes et nous allons tous les tuer." Mais leurs pierres sont loin d'atteindre la jeep qui leur fait face et les forces de police importantes prêtes à toute éventualité. Ces jeunes garçons jouent à la guerre contre des hommes bien armés qui les maintiennent à distance par des balles en caoutchouc et des grenades lacrymogènes. Depuis samedi, il y a eu une cinquantaine de blessés et des arrestations. Des membres des forces de sécurité israéliennes en civil, vêtus à la palestinienne, vont cueillir ces protestataires qui rêvent d'en découdre. "Nous ne craignons que Dieu", dit l'un d'eux en réclamant un briquet pour mettre le feu à une montagne de détritus afin "d'enfumer" ceux qu'ils appellent "les envahisseurs".

"Les juifs nous ont expulsés de la vieille ville de Jérusalem pour nous mettre ici et ils nous maintiennent dans la ligne de mire de leur fusil, proteste une vieille dame qui souhaite que tous ces jeunes rentrent chez eux pour éviter de nouveaux drames. Mais il n'y a rien à leur dire. Ils sont bouleversés par la situation à Gaza. Tout le monde l'est ici et il faut bien que d'une manière ou d'une autre nous montrions notre désaccord." "Comment est-il possible d'accepter cela?", s'indigne Abou Moussab, un commerçant. "Comment peut-on tolérer qu

e l'on tue 400 personnes en trois jours et que l'on rase toutes les infrastructures parce qu'elles appartiennent à une organisation que l'on n'aime pas. Dans quel monde vivons-nous!", enchaîne un client ulcéré par la mollesse des réactions internationales. "Quel est le prix d'un enfant palestinien face à celui d'un Israélien?" s'interroge cet homme. "Lorsque l'on songe à tout le tapage qui a été fait autour de l'attaque de Bombay et que l'on ne condamne pas ce qui est en fait un attentat délibéré contre le peuple palestinien, l'on est en droit de se poser des questions", poursuit-il.

Après les quelques jours de turbulences qui ont suivi le déclenchement de l'opération "Plomb durci", la vie reprend petit à petit son cours normal dans le camp de Shoufat comme ailleurs en Cisjordanie. Mais le ressentiment est toujours vivace. A Qalandia, le check-point qui conduit à Ramallah, des protestataires tentent de maintenir la flamme de la révolte en lançant des pierres contre les véhicules militaires et les forces de sécurité israéliens. Une expression de solidarité pour les victimes de Gaza. "Que peut-on faire d'autre? se demande un manifestant. Il faut montrer qu'Israël ne peut pas faire ce que bon lui semble. Le droit de résister au blocus et à l'occupation est un droit légitime." "Punition collective" Est-ce le début d'une troisième intifada? Samy Mohammed Ali n'y croit pas. "Les gens sont fatigués de la violence. Ils aspirent à une vie paisible. Ils veulent la paix et la tranquillité mais les Israéliens ne veulent pas les leur donner, car ils veulent tout conquérir, tout contrôler. (…) Nous sommes presque habitués à tous ces massacres depuis le temps qu'il y en a." Et d'accuser : "Les Palestiniens crèvent mais tout le monde s'en fiche, les dirigeants arabes comme les leaders occidentaux." Tous avouent leur impuissance, leur dénuement face au drame vécu pendant ce temps à Gaza. "Comment le monde entier peut-il tolérer qu'un massacre succède à un blocus? Car le blocus est à l'origine de tout. Et ce sont des innocents qui payent. Ce n'est plus une punition collective, c'est un enfer insupportable, crie Naji Al-Qam. Je croyais avoir tout vu. Et bien non, et j'espère que le pire n'est pas à venir." Dans le camp de Shoufat, plus personne ne croit en Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne. Plus personne ne croit dans la création prochaine d'un Etat palestinien. Plus personne ne croit vraiment à la possibilité d'une paix. Chacun essaie de survivre au jour le jour.

Michel Bôle-Richard
Dans les environs de Jérusalem-Est, des enfants lancent des pierres vers les forces de l'ordre israéliennes.
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Lundi 29 décembre 2008


Un article lu sur Daily Star:

Divisions inside pro-Gaza protests

By Marwa Al-A’sar
First Published: December 29, 2008

CAIRO: Thousands of activists and members of opposition groups and parties protested across Egypt in the past three days against the Israeli raids on the Gaza Strip.

Rallies, estimated to have attracted about 55,000 demonstrators in total, swept Egypt’s cities.

The largest protest saw around 8,000 people demonstrate on the streets of Assiut, a city in southern Egypt of 400,000, a security official said, with another 3,000 gathering in Minya, south of Cairo.

A security official said 4,000 people took part in another anti-Israel and pro-Gaza demonstration in Alexandria.

Eight thousand people demonstrated at Cairo University, with another 5,000 involved in another demonstration at Ain Shams University.

In Cairo protesters split into two groups. The larger group mostly consisted of members of the Muslim Brotherhood (MB), Egypt’s largest opposition group from which Hamas, the major target of Israel’s air strikes, evolved.

The second gathering included members and leaders of opposition parties, the Egyptian Movement for Change (Kefaya), 6th of April Movement and human rights activists.

A few hours after the first airstrike on Gaza Saturday, more than 2,000 protesters gathered outside the Journalists’ and Lawyers’ Syndicates, denouncing the attack while carrying Palestinian flags.

“We are protesting for the sake of our fellows in Palestine who are now being killed by the Jews. We would sacrifice ourselves to restore the holy land,” a female protester affiliated with the Brotherhood said on condition of anonymity.

A division of opinion appeared clearly from the very beginning during almost all protests. While MB members were against insulting President Hosni Mubarak in public, other activists and opposition groups shouted anti-Mubarak statements.

“It was rather a confusing situation. To maintain unity, protesters had to get back to the MB leaders all the time before shouting any statements,” 6th of April movement co-founder Mohamed Abdel-Aziz told Daily News Egypt.

Though being a Muslim Brotherhood member himself, journalist and Kefaya activist Mohamed Abdel-Quddous is known for his outspoken criticism of Mubarak. He described the regime’s stance toward the assault on Gaza as being “dreadful”.

“Israeli Foreign Minister Tzipi Livni had already threatened to strike Gaza during her meeting with Mubarak and senior officials two days before the attack,” Abdel-Quddous told Daily News Egypt.

Two hours after the very first Cairo protest kicked off, MB members withdrew once statements against Mubarak prevailed. One protester said as he was getting ready to leave with his fellows: “We finished with what we came here for.”

The rest of the protesters, barely a few hundred, remained for two more hours, turning the protest into an anti-regime gathering. 

“Our stand is clear. We reject offences during any protests we take part in. Yet we hold Mubarak and the state’s foreign policy responsible for the attacks on Gaza,” MP Hussein Ibrahim, deputy head of the MB parliamentary bloc, told Daily News Egypt. “I announced it clearly during a parliament session that the strike was declared from Egypt.” 

Several other demonstrations broke out Sunday afternoon. More than 3,000 people gathered outside the Parliament; most of them were MB members, holding the holy Quran high and chanting Islamic slogans. They called for jihad (holy war) to free the occupied Palestinian territories.

The rally was supposed to move toward the Abdeen Presidential palace. Yet the security officials banned it, agreeing with the MB leaders and parliamentarians that a small delegation of MPs would be allowed to go to the palace to present a petition. 

The protesters then were divided into two groups. The largest group of MB members rallied to Dar El-Hekma (the Doctors’ Syndicate), while less than 100 opposition and human rights activists finally settled outside the Shoura Council.

Like the case in almost all protests about the Gaza cause, after MB members left, the rest of the demonstrators slammed Mubarak and the deteriorating economic and political situation in Egypt.

Kefaya co-founder Kamal Khalil noted that “what happened in Gaza was part of the accumulation of the vices of a corrupt regime in Egypt.” In a statement released following the protest, 6th of April movement accused Mubarak of conspiring against the Palestinian people.

However, all protesters, regardless of their ideologies, unanimously called on Egyptian and Arab leaders to react against the assault as well as call off peace treaties with Israel. They further urged the Egyptian officials to open the Rafah border crossing, to recall the Egyptian ambassador to Israel, to expel the Israeli one and to stop exporting natural gas to Israel.

“And we will go on protesting every day till our demands are met,” Abdel-Aziz firmly said. – Additional reporting by AFP

Par nicoducaire - Publié dans : Egypte - Communauté : Egypte
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Dimanche 28 décembre 2008


LEMONDE.FR avec AFP | 28.12.08 | 18h04

De Sanaa à Damas, les manifestations se multiplient dans le monde arabe contre les raids menés par Israël dans la bande de Gaza, tandis que les dirigeants de la région, profondément divisés, se concentrent pour le moment sur l'envoi d'aide humanitaire.

Lors de ces manifestations, des critiques ont fusé à l'encontre de certains pays arabes, en particulier de l'Egypte, accusée de "complicité" avec l'Etat hébreu. Dans les camps de réfugiés palestiniens au Liban, le président égyptien Hosni Moubarak a été qualifié de "traître", tandis que l'ambassade d'Egypte à Beyrouth était dimanche la cible de pierres lancées par des centaines de manifestants, entraînant l'intervention des forces de l'ordre libanaises. Le Hamas lui-même, par la voix de son porte-parole, a estimé que les raids israéliens étaient "un complot orchestré" avec l'Egypte après la rencontre, jeudi, entre M. Moubarak et la ministre des affaires étrangères israélienne Tzipi Livni.

Dimanche, plus de 50 000 personnes ont manifesté dans une dizaine de villes d'Egypte, alors que plusieurs dizaines de milliers de Yéménites défilaient à Sanaa. Dans le centre de Damas, des milliers de Syriens ont protesté contre "l'agression israélienne" et le "silence" des pays arabes, alors que des centaines de Palestiniens manifestaient dans l'enceinte de leur consulat à Dubaï. Dans le nord de l'Irak, un Irakien a été tué et seize ont été blessés dans un attentat suicide au vélo piégé à Mossoul, lors d'une manifestation.

Des manifestations ont également eu lieu en Cisjordanie. Dans plusiers villes du territoire, des heurts ont éclaté et un manifestant palestinien a été tué par des tirs israéliens.


AIDE HUMANITAIRE

Les dirigeants arabes, eux, n'ont toujours pas officiellement arrêté la date d'un sommet de la Ligue arabe proposé par la Syrie et le Qatar. De source diplomatique, on affirmait samedi qu'il aurait lieu vendredi prochain à Doha.

Le numéro un libyen Mouammar Kadhafi a fustigé les réactions "lâches et défaitistes" des pays de la région face à l'offensive israélienne, et annoncé d'emblée qu'il n'assisterait pas à un "sommet qui fait jouer un disque rayé depuis longtemps".

Si les dirigeants arabes sont divisés concernant le Hamas, c'est en raison des tensions persistantes entre les pays dits "modérés", comme l'Arabie saoudite et l'Egypte, soutenus par les Etats-Unis, et les pays qui prônent la "résistance" contre Israël, notamment la Syrie et son principal allié non arabe, l'Iran.

Pour l'heure, les gouvernements se pressent pour offrir des aides humanitaires : deux avions qataris transportant 50 tonnes de matériel médical étaient attendus à l'aéroport égyptien d'Al-Arish, à 40 km de Rafah, tandis le roi Abdallah d'Arabie saoudite a également décidé d'envoyer trois avions d'aide et proposé d'évacuer les blessés par avion.



Plus d'un millier de personnes ont manifesté dimanche à Paris, au cours de deux rassemblements distincts, pour protester contre les raids israéliens. La plus importante, qui a réuni quelque 1 300 personnes selon la police, s'est déroulée à Barbès, dans le 18e arrondissement. Brandissant des drapeaux palestiniens, les manifestants portaient des banderoles sur lesquelles on pouvait lire notamment : "Stop au massacre des innocents". Un drapeau américain a été brûlé au cours du rassemblement, organisé à l'appel de plusieurs associations, dont EuroPalestine et l'Union générale des étudiants de Palestine.

Une autre manifestation a eu lieu place de l'Etoile, et a rassemblé entre 150 et 300 personnes, selon la police ou les organisateurs. "Nous sommes tous Palestiniens", "Shoah à Gaza", "Israël terroriste, Europe complice", scandaient notamment les manifestants, dont certains brandissaient le drapeau du Hezbollah libanais. – (avec AFP)
Par nicoducaire - Publié dans : Monde Arabe
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Jeudi 4 décembre 2008

Un article lu sur Indymedia Grenoble...

[bref aperçu sur de vives] flammes algériennes

Depuis l’été 2008, l’État algérien n’en peut plus de débloquer de nouveaux fonds pour sa police: achat de 20.000 matraques, plus de 200 bus de transports de troupes, plusieurs engins antibarricades ou équipés de lances à eau – et embauche de 15.000 nouveaux flics au plus vite. Nouvelle menace terroriste? Non, tous ces équipements sont destinés à la section anti-émeutes de la Direction générale de la sûreté nationale. [1] Par ailleurs, le gouvernement, craignant «un risque d’émeute généralisée», subventionne à hauteur de plusieurs dizaines de milliards de dhirams par an «les produits de large consommation, pour réduire les effets de l’inflation sur la vie quotidienne des Algériens». Autre détail croustillant de l’actualité récente (en tout cas plus qu’une réforme de la Constitution): «les milieux d’affaires algériens et étrangers se préparent également à de telles éventualités. Plusieurs entreprises auraient déjà mis en place des plans pour protéger leurs biens des pillages en cas de violences populaires.» [2]
Bigre, que se passe-t-il en Algérie? Du peu d’informations (évidemment) qui arrivent de ce côté-ci de la Méditerranée, on entend parfois que depuis plus d’un an, seraient enregistrées en moyenne deux-trois émeutes ou autres formes de colères populaires (notamment des blocages de routes)… par jour – seule la Chine fait aussi bien en ce moment!

Parmi celles que les médias n’ont pas pu taire, parce qu’elles ont concerné des centaines de personnes, parce qu’elles ont duré au moins deux jours, et que les dégâts ont été «spectaculaires»: Timimoun (sud) en février, Ghardaïa en mars, Chlef, Gdyel (vers Oran) et Tiaret en avril, Ksar El Boukhari (90 km au sud d’Alger), Berriane et Oran en mai, Berriane à nouveau en juillet, Annaba et M’sila en août, plusieurs villages autour de Tizi-Ouzou et Tissemsilt en septembre, encore Annaba en octobre, Meftah en novembre… du littoral nord densément peuplé aux régions du sud quasi-désertiques, de l’est à l’ouest, ce sont tant des grandes villes (à l’exception notable, cette dernière année, de Alger – ville trop fliquée?) que d’innombrables bleds qui connaissent les joies de la révolte.
La relégation en deuxième division du club de foot d’Oran [3]; la gestion d’incendies détruisant des champs entiers d’oliviers et d’arbres fruitiers en Kabylie; une demande collective d’attribution de locaux pour pouvoir travailler (Gdyel); sept corps de harragas repêchés au large de Tiaret; la décision de fermeture du marché informel suivie de la victoire de l’équipe locale de foot à Ksar el-Boukhari; la vengeance contre un riche propriétaire d’hôtel et ses vigiles à Sidi Aïssa (M’Sila); la coupure d’eau ou l’augmentation du prix de la patate de trop; etc.: peu importent les «détonateurs», pourvu que tout soit prétexte à une saine émulation de rages collectives. Et les communs de ces belles émotions nous parlent particulièrement: à chaque fois ce sont les édifices du pouvoir, local ou national, qui sont attaqués, sièges des wilayas (préfectures), daïras (sous-préfectures) ou des Assemblées populaires communales, tribunaux et bâtiments d’entreprises nationalisées (banques, poste, hydrocarbures…) – mais aussi chaque bureau d’entreprise privée est potentiellement une cible de choix, et les magasins voient régulièrement leurs vitrines tomber et les marchandises s’envoler (pillages massifs à Annaba le 13 octobre). Nous n’aurons que ce que nous prendrons. Également, la pratique massive et quasi-systématique du barrage routier confirme que le blocage des flux reste une valeur sûre contre le train-train de la société.
Côté flics, comme toujours chargés de protéger le vieux monde, ils sont souvent débordés (c’est-à-dire moins rapides), en tout cas de nombreux renforts sont toujours nécessaires pour le-retour-à-la-normale. Si l’épreuve existait pour le CIO, l’équipe d’Algérie serait certainement championne du monde de caillassage. La paix sociale est définitivement assénée quelques jours ou quelques semaines après «les terribles scènes de violence» par les coups de marteau résonnant sur les bureaux des juges: depuis un an, ce sont plusieurs centaines d’émeutiers qui ont été engeôlés. Mais la solidarité renforce, normal, les accès de rage et la libération des détenus stimule admirablement familles, proches, voisins: manifestations, occupations de tribunaux, assemblées sur les places publiques…

Revenons, par exemple, sur les «événements» de Chlef (ville de 180.000 habitants située à 200 km à l’ouest d’Alger) – non pas pour en faire une émeute «meilleure» qu’une autre (y aurait-il de mauvaises émeutes?), hein.
Le 27 avril 2008, devait comparaître au tribunal le président de l’association des sinistrés d’un séïsme de… 1980 (Chlef est dans une région fortement sismique), suite à une plainte du wali (le préfet) pour diffamation: l’association avait protesté contre l’annulation d’une aide, pourtant décidée dans une loi de 2007, portant sur la reconstruction de logements «en dur» en remplacement de 27.000 préfabriqués – que les gendarmes ont commencé à détruire avant même le début des travaux. Dès l’aube, les accès au tribunal sont bloqués par des flics, il n’en fallait pas plus aux centaines de personnes venues assister au procès pour faire exploser de beaux accès de rage – qui n’en aurait pas fait autant?
D’abord aux alentours du tribunal, rapidement dans tout le centre ville, ensuite (jusque vers 22h) dans la plupart des quartiers. Caillassage vigoureux des façades vitrées des sièges d’Algérie Poste (dont la recette se volatilise), d’Algérie Télécom, de l’APC (Assemblée populaire communale), du musée de la ville, de la banque du Golfe Arabe, de la gare, les détruisant de fond en comble. La Direction des mines et de l’industrie, un bureau de poste et la bibliothèque municipale sont totalement incendiés. Le siège de la faculté de droit saccagé. Les bureaux de la Banque extérieure d’Algérie dévastés – et pillés, naturellement. Sans parler des voitures, des lampadaires et autres éléments de mobilier urbain. Les attaques des bâtiments de la wilaya et de la daïra ont été repoussées par les forces anti-émeutes arrivées assez rapidement en renforts de plusieurs autres wilayas, notamment d’Alger. On parle le soir de plusieurs dizaines de blessés (dans les deux camps) et d’une centaine d’arrestations.
Le lendemain, ça repart de plus belle après le premier café, pierres contre lacrymo: rassemblés dans différents coins de la rue principale de la ville, des dizaines de jeunes se sont attaqués pendant plusieurs heures aux policiers qui tentaient de les empêcher de s’approcher des institutions publiques. «Nous n’arrêterons pas avant le départ du wali», déclarent des jeunes surchauffés. Les affrontements ont continué dans la plupart des quartiers de la ville, ainsi que dans des villes et villages voisins, dont Chettia à une dizaine de kilomètres: les établissements scolaires, l’agence des PTT et la direction des impôts y ont reçu une visite mémorable des émeutiers. La route nationale a été bloquée toute la journée par des barricades enflammées. Bilan de la journée: encore des arrestations - entre une centaine et 500 selon les sources.
Le 29 avril, alors qu’à Chlef les forces de l’ordre reprennent le contrôle l’espace, troisième jour d’affrontements à Chettia: nouveaux blocages de routes toute la journée, et surtout le centre ville transformé en champ de bataille, il n’est plus question que d’en découdre avec les keufs, aux cris de «libération de tous les détenus», «satisfaction de la plateforme de revendications élaborée par l’association des sinistrés de 1980» et «départ du wali» (qui d’ailleurs a été muté début mai). Le soir, assaillis par des centaines d’émeutiers, ce sont les bureaux de la délégation régionale de Sonelgaz qui partent en fumée. Les attaques de bâtiments (plus tard, un laboratoire pharmaceutique a été pillé) et les escarmouches ne s’arrêteront qu’à l’aube.
Depuis, 87 émeutiers, dont une dizaine arrêtés plusieurs jours après les émeutes, croupissent en taule en attente d’un procès déjà reporté à deux reprises. Et les familles et autres proches des détenus de maintenir la pression sur les autorités: occupations de bureaux, sit-ins, etc.

Journalistes, sociologues et autres gens du pouvoir évoquent régulièrement des causes qui légitimeraient ce qui est désigné comme une véritable «culture de l’émeute» – comme si l’émeute n’était pas fondamentalement ennemie de la culture. Entre autres raisons avancées par les prétendus experts de nos vies: l’urbanisation poussive et radicale du pays (30% en 1960, 80% aujourd’hui), suite à la réforme agraire des seventies – et puis, bien entendu, le célébrissime «chômage des jeunes» (estimé à 60% chez ces fameux moins-de-trente-ans, qui représentent plus de 60% des quelques 35 millions d’algériens). Pourtant, il en faut peu pour se rendre compte que certes, jeunesse et fougue restent souvent synonymes, mais le nombre de barricades de pneus enflammés à la moindre défaillance de l’approvisionnement en électricité ou la tournure que prend telle ou telle grève nous confirme que c’est bien l’ensemble d’une population qui d’une part n’en peut plus (évidemment, plus personne n’en peut, de ce monde), d’autre part le fait bruyamment entendre à qui prétend nous gouverner. Hé oui, tant de haine ne s’explique jamais vraiment, et en tout cas n’est jamais récupérable (d’ailleurs, il est rarissime qu’un film ou un bouquin s’attarde sur ces «faits divers», ce qui est révélateur du consensus qui maintient sur la guerre sociale la chape de plomb de la victoire de 1962 contre l’Etat français colonisateur et de la menace du terrorisme islamiste). Par contre, le besoin de vengeance contre chaque expression de hogra est un stimulant profond, et tellement rassembleur, contre toute forme de pouvoir.

Côté grèves et autres «mouvements sociaux», la période y est pareillement rythmée de clameurs apparemment de plus en plus fortes: pour ne parler que de «larges mobilisations» récentes, depuis le printemps 2008 les profs en statut précaire, régulièrement rejoints par l’ensemble des enseignants et des lycéens, alternent grèves, grèves de la faim, manifs, rassemblements dont sit-ins devant leur ministère, le tout violemment réprimé: matraques, arrestations de prétendus leaders, et une fin systématique de non-recevoir – le tout sous la menace d’une privatisation partielle et sournoise de l’éducation. Début novembre, une grève illimitée des 50.000 étudiants de Sétif pour réclamer des «moyens» (dans le contexte d’une réforme LMD en cours) et trois jours de grève nationale dans la fonction publique viennent rajouter une couche au grognement ambiant. Toujours en novembre, les syndicats autonomes de dockers débrayent plusieurs jours pour dénoncer la concession des ports d’Alger et de Djendjen à une multinationale émirienne. Mais aussi, tout au long de l’année, se sont agités les personnels de santé, les vétérinaires, des salariés des hydrocarbures, des travailleurs du BTP (souvent en butte avec leurs patrons chinois, qui les mettent en concurrence avec des ouvriers chinois) – bref, un peu de fraîcheur aussi du côté des luttes de salariés, malgré un encadrement syndical assez strict (en transition, toujours, dans le cadre d’une relative rupture avec le modèle du syndicat unique – l’UGTA): mais la cogestion n’est pas encore au point, il reste quelques brèches dans lesquelles développer des espaces autonomes de luttes.
orsque l’on parle de révolte, cette vive colère diffuse à l’échelle d’un territoire aussi vaste, il n’est pas déterminant, mais pas non plus anecdotique, d’évoquer la situation et l’évolution socio-économique d’un tel pays: les grondements des foules énervées nous parlent aussi des sales manières dont le capital maîtrise, plus ou moins bien, sa reproduction, auxquelles elles résistent activement. Ce pays, désigné comme un modèle de croissance économique (+5% chaque année en moyenne depuis 2002), vit aussi à l’heure de la mise en place, à marche forcée, de l’Union pour la Méditerranée (malgré les réticences de Bouteflika liées à la présence d’Israël dans cette belle «union» en concurrence directe avec le projet états-unien de Grand Moyen Orient, sans parler de l’amitié «historique» sino-algérienne: les échanges bilatéraux ont fait circuler quatre milliards de dollars en 2007). En Espagne, dans les années 1980, il était courant d’entendre, pendant les grandes grèves émeutières des ouvriers des secteurs industriels «en restructuration» (notamment dans les Asturies ou au Pays basque sud: chantiers navals, dockers, …): «ce n’est pas l’Espagne qui rentre dans la CEE, mais l’Europe qui rentre en Espagne». Difficile de ne pas voir dans l’excitation des gouvernants et des patrons européens pour cette nouvelle alliance transméditerranéenne cette même perspective, de pouvoir encore mieux s’engouffrer dans de nouveaux espaces – d’autant plus dans un pays aussi riche que l’Algérie, quatrième producteur mondial de gaz et quatorzième de pétrole. Et dont, même en cette période de chute libre du prix du baril de pétrole (automne 2008), les énormes réserves de liquidités semblent mettre pour le moment hors d’une quelconque déroute financière.
Alors, le flux international en Algérie, ça donne: un TGV transmaghrébin pour Alstom, un métro à Alger (Alstom encore) qui sera géré par la RATP, plusieurs complexes pétrochimiques ou sidérurgiques avec des partenaires saoudiens, japonais, allemands, une des plus grandes usines du coréen Samsung à Sétif, un viaduc à Constantine réalisé par un groupe brésilien, la restructuration des infrastructures portuaires et ferroviaires, de nouveaux gazoducs, centrales électriques et autres équipements pétroliers, la plus grande unité au monde de dessalement d’eau à Mostagadem, treize nouveaux barrages, un programme de construction d’un million de logements raflé surtout par des entreprises chinoises de BTP et, pour 5 milliard de dollars, la création à Alger par un groupe émirien du «plus grand parc urbain au monde», le parc Dounya, avec ses-espaces-verts-ses-quartiers-résidentiels-ses-bureaux-ses-commerces-ses-centres-de-loisirs-et-de-détente, etc.etc.etc.
Pour sûr, s’implanter à coups de méga-chantiers dans un tel pays signifie pour les entreprises de trouver non seulement d’évidents débouchés économiques, mais aussi une main d’œuvre abondante et supposée docile (la célèbre «armée de réserve», c’est plus de 20% de chômeurs en Algérie). Mais, on l’a vu, c’est quand même mal barré pour les patrons, même si la police veille, s’équipe et se prépare… Et on pense aux belles émeutes de 2004 des plus pauvres des travailleurs, les Rroms, en Slovaquie devenue un des nouveaux centres industriels européens, ou, aujourd’hui, en Roumanie, où les grèves n’en finissent plus, que même l’importation d’ouvriers encore moins chers (Philippins, Bangladais, etc.) ne suffit pas à contrecarrer, dans des secteurs aussi structurants que l’automobile, le textile, la logistique… [4] Et oui, la délocalisation a souvent fait se trouver les managers face à des salariés autrement plus combattifs qu’en Occident, où les syndicats jouent parfaitement leur rôle de maintien de l’ordre des travailleurs. Les faubourgs du monde restent souvent ingouvernables.

Et déjà, en quelques années, l’Algérie est devenue un pays d’immigration car, bien sûr, un sans-papier d’origine subsaharienne coûte encore moins cher qu’un chômeur algérien. En 2007, les services de la Sûreté nationale ont arrêté 12.000 personnes entrées illégalement sur le territoire algérien, dont 7.000 Maliens et 3.000 Nigériens. En 2008, environ 5.000 migrants auraient été expulsés vers des pays du sud. D’ailleurs, en juin 2008, une loi a été votée, durcissant les «conditions d’entrée, de circulation et de séjour des étrangers», prévoyant entre autres le triplement du budget destiné à «la lutte contre l’immigration clandestine», notamment pour la construction… de centres de rétention. Les mesures de dissuasion de l’émigration, quant à elles, se renforcent également, sous la pression de l’Union européenne – et c’est maintenant de plusieurs mois de prison que peuvent être condamnés les harragas (voire… leurs parents), ces «brûleurs de papiers» qui tentent la grande traversée vers le nord, embarquant à bord de pateras de Annaba, Mostaganem… [5] Car, on ne le répète jamais assez, des secteurs entiers de l’économie (BTP, agriculture, restauration…) fonctionnent sur l’organisation en cascade de ces «délocalisations sur place» que permet l’emploi de travailleurs sans-papiers. Bien sûr la répression (à haute visée médiatique) s’abat à plein régime sur les pauvres (il s’agit de maintenir coûte que coûte une paix sociale qui seule garantit le bon fonctionnement de l’économie), mais la belle propagation des mutineries et des incendies de centres de rétention nous fait chaud au cœur… [6]

L’histoire remarquable des protestations populaires algériennes (depuis le Printemps berbère de 1980, la quasi-insurrection généralisée d’octobre 1988, balayée dans le sang – on parle de plus de 500 morts –, le soulèvement en Kabylie au printemps 2001, pour ne parler que des pics d’intensité de cette longue permanence de la révolte, qui s’est aussi aiguisée à Oran en 1982, Annaba en 1983, Laghouat en 1983 et 85, Alger (la Casbah) en 1985, Sétif et Constantine en 1986, Alger et diverses villes en 91, en 2004 dans une trentaine de villes, etc. [7]) ne fait évidemment pas tout: c’est plutôt l’actualité des contestations dans les États voisins qui nous permet d’imaginer comme l’air du temps est particulièrement orageux.
Au Maroc: depuis le printemps dernier, blocage du port de Sidi Ifni par des chômeurs, manifs, émeutes, envoi de l’armée: plusieurs tués et 300 arrestations (suivies de tortures) le 7 juin 2008 – après quelques semaines d’accalmie durant l’été, reprise des affrontements en septembre-octobre [8]; manifestations quasi-quotidiennes des étudiants dans les grandes villes, qui ont vite appris le goût des matraques mais qui ont aussi vite appris à se défendre, comme à Marrakech le 14 mai où pierres et cocktails molotov ont plu sur les 1.000 hommes des forces spéciales dépêchés pour empêcher une marche vers la présidence de l’université (bilan de la journée: 800 étudiants raflés, une centaine gardée à vue, sept emprisonnés en attente d’un procès); un sit-in contre «la cherté de la vie» (il faut dire que le prix du pain avait augmenté de 30% la veille) qui se transforme en émeute à Sefrou le 23 septembre 2007: 300 blessés dont pas mal chez les keufs, la plupart des bâtiments publics saccagés; et même en Tunisie, dix mois de ce qu’on appelle une «insurrection» dans le bassin minier de Gafsa (phosphate), durcissement de la grève des mineurs mais aussi des étudiants, chômeurs, «mères de famille» contre «le modèle économique tunisien» et violente répression (des syndicalistes sont même inculpés pour «constitution de bandes de malfaiteurs»); en Égypte diffusion à l’ensemble des secteurs économiques des luttes des travailleurs du textile (première activité industrielle du pays, après le tourisme), depuis deux ans maintenant: grèves sauvages, occupations, manifs, émeutes, et là aussi, répression de plus en plus massive, avec le concours actif des Frères musulmans patrons de nombreuses usines (plusieurs morts, des milliers d’arrestations); pour ne pas parler ici de la multiplication depuis un an des émeutes dites «de la faim», «de l’électricité» ou «du gaz» au Sénégal, Cameroun, Burkina, etc. [9] Bref, au sud de la Méditerranée, et même si les espaces-temps de la révolte sont particulièrement disjoints, les classes laborieuses composent de fait une réjouissante internationale de classes dangereuses, d’autant plus qu’elle semble particulièrement tenace et alerte contre les assauts policiers et judiciaires.

C’est dans ces moments d’intenses émotions collectives, que les travailleurs (avec ou sans emploi) s’extirpent d’un quotidien particulièrement apathique, que les gueux reprennent le temps de vivre à toute allure. Et le choix déterminé de l’affrontement est en soi une critique en actes de ce monde qui voudrait régir l’entièreté de nos vies – il est particulièrement revigorant de voir que la rue peut encore être cet espace politique si vif, et pas seulement ce lieu de circulation si policé où l’on voudrait nous enfermer. Puissent les flammes de l’Algérie et autres banlieues malfamées du monde réchauffer nos longs hivers….

1. Cela fait écho à la récente présentation de nouvelles techniques anti-émeutes de la police française, lors d’une rencontre européenne sur les «défis des violences urbaines», mi-octobre 2008. Nouvelles technologies, augmentation impressionnante des effectifs et petits groupes très mobiles, au menu. Tiens, quelques inquiétudes chez les gouvernants? Que les récentes démonstrations antiterroristes ne viendraient-elles pas confirmer?
2. Les quelques «citations» et les infos proviennent des médias algériens – méfiance, donc. Un portail internet de quotidiens francophones existe: . Les droitsdel’hommiste de compilent thématiquement un grand nombre d’articles de presse (dossiers «émeutes», «luttes syndicales», «dégradation de la vie sociale», etc.).
En France, un universitaire tient à jour une base documentaire (surtout une revue de presse et des vidéos) sur les émeutes dans le monde: ; quelques nouvelles du Maghreb aussi dans les «brèves du désordre» recensées sur .
3. Suite aux émeutes, le gouvernement prit la décision de replacer le club en première division. Le hooliganisme paye.
4. Deux articles sur les récentes grèves en Roumanie dans les numéros 125 & 126 (été & automne 2008) de la revue Échanges, dont une partie des textes, consacrés à l’actualité mondiale de la lutte des classes, est disponible sur le site internet .
5. est consacré à ce «phénomène».
6. Sur les mois de lutte au CRA de Vincennes, des témoignages ont été rassemblés dans le livre Feu au centre de rétention, Libertalia, nov. 2008.
7. Signalons «1988: la deuxième guerre d’Algérie», Courant alternatif, n°184, novembre 2008 []; de Jaime Semprun, Apologie pour l’insurrection algérienne [2001], dont une brochure a été faite, trouvable sur ; des textes publiés dans plusieurs Bulletins de la Bibliothèque des émeutes reviennent sur les affrontements dans les années 1990 et 2000, disponibles
sur .
8. Une «chronologie des émeutes et de la répression subie à Sidi Ifni» a été publiée en juin 2008: .
9. Des infos sur les émeutes «de la faim» qui ont touché une cinquantaine de pays en 2008, ou sur la haute tension en Égypte, encore dans la revue Échanges.

Par nicoducaire - Publié dans : Monde Arabe
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Vendredi 28 novembre 2008

Emeutes en Egypte contre la violence policière

Panapress, 25 novembre 2008

Des émeutes ont éclaté dimanche dans la ville d’Aswan, dans le sud de l’Egypte, et se sont poursuivies toute la nuit après qu’un officier de police a tué un marchand d’oiseaux un peu plus tôt dans la journée.

D’après les autorités médicales et les responsables de la sécurité, au moins un homme a été tué en conséquence de ces violences.

Yahia Al Maghribi, 59 ans, est mort après avoir inhalé des gaz provenant des bombes lacrymogènes tirés par la police pour disperser quelque 2.000 manifestants.

La manifestation a éclaté après que des membres de l’unité de la police anti- stupéfiants a tué Abdel Wahab Abdel Raziq dans son appartement plus tôt dans la journée.

Le ministère de l’Intérieur indique dans un communiqué rendu public lundi que M. Raziq était en train d’aider un trafiquant de drogues notoire à échapper à la police à l’intérieur du bâtiment et avait tiré à l’approche des policiers à la recherche de ce dernier.

Des témoins de la scène racontent que la police est entrée dans l’appartement de M. Raziq par erreur alors qu’ils poursuivaient le trafiquant de drogues et ont ouvert le feu sur lui par erreur.

Suite à ce meurtre, quelque 2.000 habitants d’Aswan sont descendus dans la rue pour manifester devant l’hôpital où la victime avait été transportés, en jetant des pierres et brûlant des pneus pour protester contre la brutalité de la police.

Les policiers en question ont été convoqués par le procureur pour s’expliquer sur cette affaire, selon l’agence égyptienne de presse, MENA.

Les organisations de défense des droits de l’homme demandent depuis longtemps à l’Egypte d’enquêter et de mettre fin à la violence de la police à l’encontre des citoyens.

Elles soutiennent que cette violence est endémique aux forces de sécurité et de police à travers le pays, bien que le gouvernement fasse valoir que ces incidents, du type de ce qui s’est passé à Aswan, sont marginaux et ne relèvent pas d’une politique gouvernementale.

Par nicoducaire - Publié dans : Egypte - Communauté : Egypte
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Lundi 27 octobre 2008


Lu sur alif mag:

Peine sans précédent pour harcèlement

Le 26-10-2008 par Arnaud Saint Jean

Pour la première fois en Egypte, une cour condamne un homme pour harcèlement sexuel. La peine est très sévère : trois ans de prison.

A affaire très médiatisée, la justice égyptienne répond par l'exemplarité : pour avoir voulu "tripoter" une femme en pleine rue du Caire, un homme a été condamné à trois ans de prison, accompagnés de travaux forcés et d'une amende. L'extrême sévérité de ce jugement en souligne d'autant plus l'aspect inédit. Très présent depuis le début de cette affaire, le Centre Egyptien pour les Droits des Femmes a rappelé que c'était la première fois qu'un homme était emprisonné pour des actes de harcèlement.

Une sévérité pour l'exemple, peut-être ; conséquence directe d'une médiatisation jamais vue dans une telle affaire, sans doute. La victime, une jeune cinéaste de 27 ans, n'a en effet jamais accepté les propositions de "règlements à l'amiable", "conseillés" par la défense et, au début, par la police même. Faisant front aux nombreux tabous qui confinent d'ordinaire ces affaires de moeurs, offrant sa réputation à tous les feux, Noha Rachid Saleh n'a jamais abandonné, forçant finalement  la justice égyptienne à se prononcer. 

Toutes les femmes concernées

En 2007, un sondage réalisé par le Centre Egyptien pour les Droits des Femmes (ECWR) auprès de 2800 femmes, tiraient la sonnette d'alarme : 40% des femmes interrogées se plaignaient d’attouchements inappropriés, 38% de harcèlement verbal et 12% se disaient harcelées quotidiennement.

Interrogé à l'époque, un membre de l'ECWR dressait une définition du harcèlement : "Les formes les plus claires du harcèlement sexuel sont la tentative de viol et la masturbation en public. Viennent ensuite des comportements plus difficiles à classifier : des paroles, des regards qui peuvent être interprétés différemment selon les sensibilités. Nous avons adopté une définition assez large du harcèlement sexuel. Nous le définissons comme un comportement non voulu par une femme, sexuel dans sa nature et qui la met dans une situation d’insécurité, de mal être. Il n’y a pas forcément de violence ni d’agressivité mais un sentiment de violence et d’agressivité latentes."

A l'époque, l'ONG regrettait une insuffisance des outils juridiques pour prévenir le harcèlement et en protéger les victimes. Ce jugement sans précédent devrait ravir les défenseurs des droits de la femme, même s'ils espèrent qu'il ne restera pas qu'un cas pour l'exemple.

SUR LE MEME SUJET : Une ONG dénonce la hausse du harcèlement sexuel en Egypte

"La faute à l’éducation", selon le vice-ministre de l’Intérieur

Interrogé au début du mois par l’hebdomadaire Al Ahram Hebdo, sur la multiplication des cas de harcèlement, Hamdi Abdel-Karim dévoilait une vision très personnelle du phénomène. Extraits.

"Il n’y a pas plus d’actes de harcèlement aujourd’hui qu’il y en avait hier. Le résultat de la couverture médiatique est que nous avons cette impression que les actes de harcèlement se multiplient. Cela a toujours existé. Chaque jour nous recevons des centaines de plaintes, surtout d’étrangers."

"Tant que la société, la famille, l’église, la mosquée, l’école et les médias ne joueront pas leur rôle, ce phénomène va continuer. Maintenant il y a des antennes paraboliques, des vidéoclips et Internet qui véhiculent des images à caractère sexuel alors que les jeunes sont frustrés."

"Je trouve que les nouvelle générations sont perdues, car il n’y a plus d’éducation. Et si autrefois on trouvait sur les cahiers et les livres scolaires des consignes pour les élèves, maintenant on trouve des dessins et des photos d’actrices, de chanteuses et autres images lascives."

Par nicoducaire - Publié dans : Egypte - Communauté : Egypte
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