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Sortir au Caire:
> yallabina.com
Article du Monde du 13 juillet 2006.
[Pendant ce temps là, Zidane s'explique sur son coup de boule et fait la une des journaux...]
L'aviation israélienne a effectué une quarantaine de raids au Liban durant la nuit du mercredi 12 au jeudi 13 juillet. Au sud et dans le centre du pays, ces attaques ont visé des cibles du Hezbollah mais aussi des cibles civiles, comme l'aéroport de Beyrouth. Vingt-sept personnes, dont dix enfants, ont été victimes de ces bombardements, au lendemain de la capture de deux soldats israéliens par le Hezbollah. Selon une porte-parole de l'armée israélienne, ces raids ont visé des sites où le Hezbollah entrepose de "très grandes quantités d'armes et de munitions, dont des roquettes utilisées contre le territoire israélien". Elle a également confirmé que l'aviation israélienne a bombardé jeudi matin l'aéroport international de Beyrouth, car il servait au "transfert d'armes pour le Hezbollah libanais".
BLOCUS AÉRIEN, TERRESTRE, MARITIME
La radio militaire a pour sa part indiqué qu'"Israël impose un blocus aérien, maritime et terrestre au Liban jusqu'à nouvel ordre dans le cadre de ses opérations menées pour récupérer ses deux soldats enlevés par le Hezbollah mercredi".
"Il s'agit de faire comprendre au gouvernement libanais, en pleine saison touristique, le prix qu'il va devoir payer pour son refus de désarmer le Hezbollah", a ajouté la radio. Une source libanaise avait annoncé, un peu plus tôt, le bombardement de l'aéroport de Beyrouth. "Des obus sont tombés, l'un sur la piste 21, l'autre sur la piste orientale et deux avions qui devaient atterrir ce matin ont dû être déviés vers l'aéroport de Larnaca (Chypre)", a indiqué un employé de l'aéroport. L'aéroport international de Beyrouth a été fermé au trafic pour la première fois depuis l'invasion israélienne du Liban en 1982.
Selon un officier supérieur, d'autres aéroports libanais vont être la cible de raids israéliens, tandis que la marine va empêcher les mouvements de navires dans les ports de Saïda, Tyr, Beyrouth et Tripoli. La marine de guerre israélienne est d'ailleurs déjà entrée dans les eaux territoriales libanaises dans le cadre de ce blocus imposé par Israël sur le Liban.
La banlieue chiite de Beyrouth, dans le sud de la capitale, a également été la cible de l'aviation israélienne. Le Hezbollah a indiqué qu'un missile avait touché un immeuble abritant des locaux d'Al-Manar, sa chaîne de télévision, qui n'a pas interrompu ses émissions. Plusieurs dizaines de frappes aériennes israéliennes ont visé une douzaine de ponts, interrompant les communications téléphoniques entre Beyrouth et le sud du pays. Ces bombardements ont également endommagé le réseau routier déjà mal en point du Liban-Sud.
Le premier ministre libanais, Fouad Siniora, a assuré que son gouvernement n'avait pas été informé au préalable de l'opération du Hezbollah, ne l'approuvait pas et n'en acceptait pas la responsabilité.
TIRS DE ROQUETTE SUR LE NORD D'ISRAËL
Un religieux libanais chiite, Adel Akkache, son épouse et ses huit enfants ont été tués lors d'un raid mené par des chasseurs-bombardiers israéliens sur leur maison à Doueir, dans la région de Nabatiyé (70 km au sud-est de Beyrouth), selon la police. A Baflay, dans la région de Tyr, plus à l'ouest, sept membres d'une même famille ont été tués dans leur maison qui a été partiellement détruite par un missile tiré par un hélicoptère israélien. Des raids similaires ont fait deux morts à Baraachit, cinq à Chhour, et trois à Srifa, trois localités également situées dans la région de Tyr.
Ces morts portent à 31 tués et 56 blessés le bilan des victimes des bombardements israéliens déclenchés mercredi matin après la capture par le Hezbollah de deux soldats israéliens à la frontière entre Israël et le Liban. Ce bilan ne comporte pas les pertes du Hezbollah, qui a affirmé avoir eu un mort dans ses rangs, ni celles d'Israël, qui a annoncé la mort de huit de ses soldats. Pour sa part, Tsahal affirme avoir tué une trentaine de combattants du Hezbollah.
Le Hezbollah a répondu aux raids israéliens par des dizaines de tirs de roquette Katioucha dans le nord d'Israël, qui ont fait au moins un tué, une femme, dans la localité de Nahariya, et 14 blessés, dont un grave.
Par Barry Rubin*
Le mouvement Kifaya est monté d’un cran dans son opposition au régime du président égyptien, Hosni Moubarak. Il vient de publier un rapport retentissant osant citer des noms et fournir des
informations détaillées sur la corruption au sein de la direction du pays. Rien, dans la longue histoire de l’Égypte, n’a jamais égalé ce lavage de linge sale en public. L’action de Kifaya,
particulièrement audacieuse, intervient au moment où le gouvernement prend des mesures sévères pour préparer la succession de Gamal, le fils de M. Moubarak. À titre d’exemple, une loi récente
prévoit de punir tous ceux qui répandraient la rumeur que Gamal serait le prochain président. La corruption en Égypte, comme dans les autres pays arabes, est si répandue qu’elle entrave
véritablement les progrès économiques, l’amélioration du niveau de vie, la liberté des médias, l’indépendance des tribunaux et la démocratie. L’élite politique égyptienne, qui redoute d’être
critiquée par les médias, battue au cours d’élections régulières, voire même emprisonnée, préfère le régime existant et s’oppose à toute réforme de poids.
Il s’agit d’un des thèmes principaux du rapport intitulé : « Corruption in Egypt : A Black Cloud that Never Passes » (« La corruption en Égypte : un gros nuage noir qui refuse de passer »). Il en
ressort que tant que le système sera corrompu par le haut, et tant que le seul moyen pour la population de traiter avec le gouvernement sera de recourir à la corruption, l’inaction prévaudra et
les gens continueront à se tromper les uns les autres. En même temps, comme cela était le cas pour l’Autorité palestinienne de Yasser Arafat, la corruption du régime encourage les gens à se
tourner vers l’islamisme radical, en essayant tant bien que mal d’avoir l’air honnêtes. Si les Frères musulmans venaient à accéder au pouvoir en Égypte, le rapport de Kifaya éclaircirait une
grande partie du déroulement des événements.
Le rapport s’ouvre sur une plaisanterie sur le nom du pays, qui devrait être remplacé par « Fassadistan » (« terre de la corruption »). Il fait état de cas touchant aux domaines de l’immobilier,
des affaires, de la santé, des transports, du commerce, des banques, de la drogue, de l’agriculture, de la politique, de la culture et des médias. Un chapitre porte sur la façon dont les forces
de sécurité contrôlent les désignations à tous les postes-clés, y compris à ceux des écoles et des universités.
La partie la plus tragique du document concerne pourtant M. Moubarak lui-même. On y trouve une anecdote, tout à fait crédible, sur une réunion du président avec des officiers de la 3e armée, il y
a deux ans. De jeunes officiers se sont plaints de la corruption, et M. Moubarak les aurait apparemment surpris en répondant qu’il savait pertinemment que bon nombre de dirigeants du pays étaient
des voleurs, mais pensait qu’ils avaient assez volé pour être satisfaits. Il craignait que le fait d’avoir un nouvel entourage politique n’ait pour effet que celui-ci reprenne le flambeau des
déprédations, ce qui serait bien pire pour l’Égypte.
Le rapport avance cependant que M. Moubarak, sa femme, Susan, et ses deux fils, Gamal et Alaa, sont loin d’être de simples spectateurs de la situation. Lorsque qu’il a accédé à la présidence en
1981, M. Moubarak a reçu du Parlement le droit d’avoir prise sur tous les contrats militaires, sans que ce dernier n’ait son mot à dire. Le président a donc le monopole sur les dépenses et
importations militaires qui, chaque fois qu’il conclut un marché, généreraient d’incroyables dessous-de-table. Qui plus est, Susan Moubarak se trouve à la tête d’une centaine d’organisations
caritatives, n’existant bien souvent que sur le papier. Le rapport révèle que ces organisations percevraient jusqu’à cinq millions de dollars US par an, mais qu’une grande partie serait ensuite
détournée vers les comptes en banque secrets, à l’étranger, de la femme du président. L’ironie est qu’elle a fait pression pour qu’une loi de 1992 permettant aux organisations non
gouvernementales égyptiennes de recevoir des fonds étrangers – disposition utilisée par certains groupes de l’opposition – soit validée, afin d’offrir davantage de possibilités aux ONG qu’elle
dirige. Le fils du président, Gamal, dirigerait aussi des associations caritatives lui rapportant de l’argent, dont la célèbre al-Moustaqbal.
En outre, le rapport indique que les deux fils de M. Moubarak tirent profit de partenariats à but lucratif – sans même investir quoi que ce soit – avec un grand nombre de sociétés, dont Phillip
Morris, Skoda Auto, Mövenpick, Vodafone, McDonalds et plein d’autres. Ils peuvent également obtenir des prêts bancaires non garantis, pour eux et leurs amis. Le rapport soutient que ces fonds
sont fréquemment utilisés pour des transactions financières illicites, pour la négociation d’armes et le blanchiment d’argent. Les gains des fils de M. Moubarak proviendraient par ailleurs d’une
incursion dans le trafic de drogue et l’exportation clandestine de trésors archéologiques – le patrimoine culturel de l’Égypte –, en collusion avec le ministre de la Culture, Farouq Husni, censé
les protéger. Toute personne se mettant en travers de leur route peut être jetée en prison, sous de fausses accusations de trafic de drogue.
Kifaya affirme que les autres ministres ne valent pas mieux. Boutros Ghali, neveu de l’ancien secrétaire général des Nations unies, et Habib Aladli, ministre de l’Intérieur, de même que d’autres
personnages influents, comme Ibrahim Suleiman et Safwat Sharif, se livrent à des transactions similaires, parfois avec les fils de M. Moubarak. En bref, il ressort du rapport que les autorités
peuvent faire ce que bon leur semble, puisqu’elles ne sont pas tenues au respect de la loi, ni de la transparence. En ayant recours à la loi d’urgence, qui restreint les libertés depuis 1981,
ainsi qu’à la censure et aux fraudes électorales, le gouvernement égyptien traite ses citoyens comme des serfs.
Pendant ce temps, la corruption massive ravage l’économie égyptienne : la croissance a chuté de moitié au cours des deux dernières années, le taux de chômage a augmenté et l’inflation est en
hausse, entraînant l’érosion monétaire. Les investissements étrangers sont en déclin, la production locale est paralysée et appelle des importations coûteuses. Le mécontentement général, attisé
par ces problèmes d’envergure, pourrait provoquer des soulèvements de révolte.
En publiant un rapport si détaillé, et en osant citer M. Moubarak et sa famille comme les grands coupables, Kifaya attaque le régime de front. La nécessité de réformes ne s’appuie pas seulement
sur la volonté d’un meilleur mode de gouvernement ou sur des droits abstraits : la priorité est de sauver un pays pris à la gorge. Le régime pourrait bien riposter en tentant de resserrer son
étreinte.
* Barry Rubin dirige le Global Research in International Affairs (Gloria) Center (Centre mondial de recherches en affaires internationales) et la « Revue des affaires internationales du
Moyen-Orient » (« Meria »). Son dernier ouvrage s’intitule « The Long War for Freedom : the Arab Struggle for Democracy in the Middle East » (« La longue lutte pour la liberté : la lutte arabe
pour la démocratie au Moyen-Orient »).
La Chambre des Requêtes de l'Assamblée Nationale (Congreso de los Diputados) a accepté de traiter une requête qui sollicite d'entammer un processus de réforme constitutionnel comprennant la
suppression de la monarchie, une plus ample séparation des pouvoirs et le respect des principes de liberté, égalité, fraternité, austérité, laïcisme et pacifisme.
Madrid – Le 10 février 2006 le Parlement a reçu une requête individuelle signée par le citoyen Jaume d’Urgell, qui considérait que le maintient de la monarchie n’a plus lieu d’être de nos jours,
en plus d’être contraire au principe d’égalité face à la loi, pour être entendue comme une institution en contradiction avec l’article premier de la Constitution Espagnole de 1978, ainsi que
contraire à l’article premier de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
Le député Jordi Marsal représentant Barcelone (appartenant au groupe parlementaire socialiste) en sa qualité de Président de la Commission de Demandes du Parlement, a pris connaissance de cette
demande le 22 mars. Après l’avoir examiné, la requête fut examinée lors de la session du 26 avril, acceptant d’être transmise au portes paroles parlementaires de la Commission Constitutionnelle
-présidée par Alfonso Guerra- afin de considérer l’ouverture d’un processus de réforme constitutionnelle qui permet d’élire toutes les représentants publics par le biais du suffrage, de séparer
l’Etat de tout lien religieux,d’établir une réelle séparation entre les pouvoirs Exécutif, Législatif et Judiciaire, de renoncer a la guerre comme instrument de politique nationale, de rétablir
la mémoire de ceux qui se sont consacrés au bien-être des autres, de respecter entièrement les mandats décidés par la voix des urnes, sans qu’il n’existe aucune limite pour la capacité des
citoyens de modifier d’une manière pacifique la structure économique de la société, de modifier les frontières établies ou la suppression d’institutions précaires mises en place par des
dictateurs qui ne sont plus.
Lu dans Jeune Afrique du 09/07/2006, rubrique Egypte:
Des publications égyptiennes étaient absentes des kiosques dimanche alors que des journalistes ont manifesté pour protester contre un projet de loi sur la presse, débattu au parlement, qui maintient notamment des peines de prison pour des délits de presse.
Des députés opposés au projet de loi et des membres de mouvement Kefaya ("Assez" en arabe) se sont joints aux manifestants devant l'entrée principale du parlement, dans le centre du Caire.
"Pour le bien de la liberté d'expression, réveille-toi Egypte", pouvait-on lire sur des banderoles déployées par les manifestants.
"Cette manifestation est un message clair au parlement: nous refusons le projet de loi qui limite la liberté (de la presse)" au lieu de l'étendre, a déclaré Gamal Fahmy, un membre du Syndicat des journalistes.
Le projet de loi annule les peines de prisons dans certaines affaires de presse mais pas dans toutes, ce que les journalistes réclament.
Ils protestent également contre le maintien de la peine de prison pour atteinte au président de la République et contre le fait que la nouvelle loi introduise une peine pénalisant les journalistes lançant des accusations de corruption.
Le projet devrait être adopté dans la mesure où il est soutenu par le Parti national démocrate (PND, au pouvoir), qui détient la majorité des sièges à l'assemblée.
Les journalistes ont menacé de poursuivre leur mouvement si le texte était adopté. "Si la majorité adopte le projet de loi, nous ne nous y conformerons pas et s'ils (les autorités) en ont le courage, qu'ils nous emprisonnent tous", a indiqué M. Fahmy.
"Il revient aux députés de répondre à nos demandes pour protéger la liberté d'expression", a dit pour sa part Yehya Qallash, secrétaire général du syndicat. "Si ce n'est pas le cas, nous prendrons d'autres mesures".
Dans le cadre de ce mouvement de protestation, une vingtaine de publications d'opposition et indépendantes n'ont pas paru dimanche.
Seuls la presse étatique et un quotidien indépendant proche du régime étaient disponibles dans les kiosques.
Une organisation égyptienne de défense des droits de l'Homme a également dénoncé le projet.
"La promesse faite il y deux ans par le président égyptien (Hosni Moubarak) de supprimer l'emprisonnement des journalistes pour des délits de presse se réduit à des amendements qui renforcent les peines pour tout journaliste ou écrivain qui traitent de sujets (comme) la corruption", a déclaré dans un communiqué l'Arab Network for Human Rights Information.
Fin juin, le rédacteur en chef de l'hebdomadaire d'opposition Al-Doustour et une journaliste ont été condamnés à un an de prison pour avoir porté atteinte à M. Moubarak.
Lu dans Le Monde du 05 juillet:
Pour la seconde fois en quarante-huit heures, le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, a lancé une violente diatribe contre la France, mardi 4 juillet, à la veille du 44e anniversaire de l'indépendance de l'Algérie. Lors d'une allocution prononcée au siège du ministère de la défense, il a fustigé "les discours fallacieux que l'école de l'histoire coloniale tente de propager", visant à écrire "une histoire erronée, faite sur mesure, qui exprimerait ses idées refoulées et son spectre expansionniste" et vante "faussement les bienfaits de la colonisation".
Un an et demi après l'adoption par l'Assemblée nationale française de la loi du 23 février 2005, dont l'article 4 saluait les aspects positifs de la présence française outre-mer à l'époque de la colonisation (article depuis lors abrogé), la colère du président algérien ne faiblit pas.
Reprochant aux Français d'avoir imposé aux Algériens "leur emblème tricolore, leur chant patriotique et leurs ancêtres les Gaulois", de les avoir "exploités" et d'avoir "assassiné leur identité", M. Bouteflika a réitéré sa demande d'excuses publiques de la part de la France. Un tel geste serait, estime-t-il, "la moindre des choses" venant d'une nation qui a pour devise "liberté, égalité, fraternité". Lors du même discours, le chef de l'Etat a "souhaité" que le référendum constitutionnel qui doit lui permettre notamment de briguer un troisième mandat, soit "organisé (...) avant la fin de l'année".
Deux jours plus tôt, dans un message adressé aux participants d'un colloque à Alger, M. Bouteflika avait qualifié la colonisation de l'Algérie de "l'une des plus barbares de l'Histoire". Tout en dénonçant les "crimes odieux" du colonisateur, il s'en était pris aux "nostalgiques" de ce passé "abject". Le lendemain, la presse algérienne avait relevé que la perspective d'un traité d'amitié entre les deux pays ne cessait de s'éloigner.
Dans l'ensemble, les Algériens accueillent avec une certaine indifférence les attaques récurrentes de leur président contre l'ancienne puissance coloniale. Si personne ne voit de "bienfaits" à la colonisation, la jeune génération adhère mal à cette surenchère nationaliste. Sept Algériens sur dix ont moins de 30 ans. La plupart n'ont qu'un seul voeu : trouver un emploi, un logement et, si possible, un visa pour l'Europe.
COOPÉRATION ÉCONOMIQUE
Le paradoxe est que ce mercredi 5 juillet, jour de la fête nationale, le président Bouteflika devait poser la première pierre du tramway d'Alger (un chantier remporté par le groupe français Alstom pour un montant de 356 millions d'euros). Le même jour, il devait également inaugurer la nouvelle aérogare internationale d'Alger. Là encore, c'est une société française, Aéroports de Paris (ADP), qui a obtenu la gestion de cette nouvelle réalisation.
On s'attendait par ailleurs mercredi à ce que toutes les villes d'Algérie se vident d'un seul coup, le soir, à l'heure de la demi-finale France-Portugal de la Coupe du monde de football. Rassemblés autour de leurs téléviseurs, les Algériens avaient la ferme intention de communier autour de Zinédine Zidane et des Bleus. Et, quelle que soit l'issue du match, le scénario est écrit d'avance : supporteurs en délire envahissant les rues, concerts de klaxons, et une même clameur : "On a gagné !", ou "On a perdu..."
Lu dans Libération du 14 juin 2006
Egypte
La guérilla des hiéroblogs
Alors que la censure règne dans les médias traditionnels, de jeunes militants s'emparent des blogs, pour défendre, tous horizons confondus, la liberté d'expression et la démocratie.
Par Claude GUIBAL
mercredi 14 juin 2006
Le Caire de notre correspondante
Sur la page d'accueil du blog, les mots se détachent. «Aujourd'hui, ça y est. Je suis vraiment en prison. Je ne sais pas trop comment je me sens.» Alaa Abdel Fatah a 24 ans. Le 7 mai, deux jours
avant d'écrire ce billet (1), il participait à une manifestation au Caire, en solidarité avec les partisans de la réforme en Egypte. Un groupe dérisoire de quelques dizaines de personnes, criant
des slogans, réclamant du changement. Face à eux, des centaines de policiers, bouclier au poing, barrant les rues. Ce jour-là, Alaa s'est fait arrêter. Au cours du mois dernier, ce sont près de
400 activistes qui se sont ainsi fait embarquer. «Mais les responsables de la sécurité de l'Etat l'ont désigné précisément au milieu des manifestants. Ils le voulaient, lui, parce que son site
est devenu une arme contre le pouvoir», affirme un témoin.
Avec ses boucles de guérillero latino et ses joues rebondies d'adolescent monté en graine, Alaa Abdel Fatah n'est pas tout à fait n'importe qui. En Egypte, pas un opposant, pas un journaliste, un
chercheur ou un diplomate qui n'ait entendu parler de lui. Alaa est le roi de l'agit-prop cybernétique, un des tout premiers blogueurs du pays. Un dingue d'informatique, fort en gueule, doté d'un
ego conséquent et d'une furieuse envie d'en découdre pour voir enfin son pays changer. Rejeton de deux figures de la gauche militante égyptienne, le sale gosse a de qui tenir. Avec sa femme
Manal, 22 ans, rencontrée enfant dans un camp de vacances de jeunesses socialistes, il est l'un des pionniers du Web en Egypte.
Son site, Manalaa.net, rédigé en arabe et en anglais, est un vade-mecum pour internaute en puissance. Récompensé par un prix de Reporters sans frontières, il cumule hébergements gratuits ou
cryptages pour discussions privées et agrégateur de blogs (2). L'an dernier, à l'approche des élections, il a transformé son site en plateforme politique ; en compilant d'abord des listes
électorales pour en faciliter l'accès aux jeunes désireux de voter, puis en organisant un calendrier des manifestations, proposant bannières, slogans et stratégies pour sortir l'opposition
égyptienne de sa redoutable inefficacité. Un outil de pointe technologique à l'impertinence ravageuse : sur son site, Alaa Abdel Fatah pose, majeurs dressés, en direction d'un portrait de Hosni
Moubarak. Le geste relève de la provocation suicidaire en bord de Nil. La détention d'Alaa Abdel Fatah, emprisonné sans jugement depuis plus d'un mois, est prolongée tous les quinze jours.
L'exemple iranien
L'arrestation, le mois dernier, de six autres jeunes blogueurs de la nébuleuse Manalaa.net a mis en lumière l'impact grandissant de ces militants d'un nouveau genre, dans un pays où l'usage de la
force et la censure ont longtemps eu raison des voix discordantes. «Nous sommes devenus des cibles», affirme Mohamed, 23 ans, qui évite de se connecter depuis les récentes arrestations. Il craint
que l'Egypte ne suive les traces de l'Iran, de la Syrie ou de Bahreïn, qui traquent et emprisonnent les dissidents du Web. Il cite le cas du blogueur Mohamed el-Sharqawi, arrêté dans une
manifestation le mois dernier, qui a été torturé et a subi des violences sexuelles dans un commissariat du Caire. Depuis sa prison, celui-ci a réussi à faire parvenir le récit de son calvaire,
et, en quelques heures, la description des sévices, copiée de blog en blog, a fait le tour de la planète, atterrissant dans les rédactions, les associations de droits de l'homme et les plus
hautes institutions, au point d'être évoquée deux fois par le département d'Etat américain. Un scandale dont se serait bien passée l'Egypte, en délicatesse avec Washington qui reproche à son
alliée arabe de ne pas mettre en oeuvre les réformes démocratiques promises l'an dernier par le président Hosni Moubarak.
«Les blogs sont un nouveau moyen de pression, ils nous donnent des informations et font connaître des événements sur la scène internationale. Mais leur pouvoir est limité, ils ne peuvent amener
un vrai changement politique», nuance Joshua Stacher, un politologue américain basé au Caire. Selon lui, la situation n'est en rien comparable à l'Iran, où plus de 70 000 blogs ont été créés en
deux ans. L'Egypte n'en compte que 1 500. «Les blogueurs n'ont qu'une audience limitée, et n'ont pas réussi à faire descendre les Egyptiens dans la rue. Ceux qui ont été arrêtés l'ont été parce
qu'ils manifestaient, et non pour leurs écrits», tempère-t-il.
De fait, l'Egypte, où la censure règne dans les médias traditionnels, entretenait jusqu'ici un rapport plutôt tolérant à Internet. L'Etat a lancé un vaste programme pour faciliter l'accès au Web,
connexions bas débit gratuites et abonnements ADSL à prix cassés. Six pour cent des Egyptiens sont des utilisateurs réguliers, un des plus importants taux d'Afrique. Il est arrivé que des sites
sensibles soient bloqués, comme celui des Frères musulmans. Mais il n'y a pas de chasse aux sorcières systématique : sites pornos, jihadistes, politiques ou religieux restent généralement
accessibles.
En novembre dernier, pourtant, un blogueur était emprisonné deux semaines, après avoir fait un récit détaillé des attaques d'extrémistes musulmans contre des églises d'Alexandrie. Ce premier
avertissement avait inquiété la blogosphère. Persuadés que l'arrestation d'Alaa Abdel Fatah pourrait sonner le début de la curée, les blogueurs, tous horizons confondus, se sont donc lancés dans
une gigantesque cybercampagne d'appui à leur mentor. Inondant le Net de communiqués et de bannières, ils ont réussi à attirer l'attention de tous les médias de la planète. Sur le site de soutien
à Alaa Abdel Fatah, un internaute sud-africain s'émeut. «Alaa, je regardais le JT de la télévision nationale hier, et ton visage est apparu sur l'écran. Ton combat est connu maintenant de
millions de Sud-Africains», s'enthousiasme-t-il, promettant de faire pression auprès de son ambassade.
Changer le gouvernement
Un des initiateurs de cette campagne est une autre figure de la Toile égyptienne, un jeune analyste financier bloguant en anglais sous le pseudonyme de Sandmonkey. Tout aussi provocateur,
brillant et insolent qu'Alaa, il est son double inversé, et se décrit comme «ultracynique, proaméricain et libertaire». «Alaa et moi, nous ne sommes pas amis, admet-il dans un grand sourire. Il
est socialiste, je suis capitaliste, nous sommes en désaccord sur à peu près tout. Sauf sur quatre choses : nous voulons changer de gouvernement, nous voulons qu'il soit laïque et que les droits
des citoyens soit respectés, et nous plaçons la liberté d'expression au-dessus de tout. Et vous me demandez pourquoi je défends Alaa ?» Fils d'un haut ponte du parti au pouvoir qui ignore tout
des activités de sa progéniture , Sandmonkey est persuadé que le gouvernement projette de censurer l'Internet et de poursuivre les blogueurs. Il a remarqué une affluence nouvelle de connexions
sur son site provenant d'adresses gouvernementales. «Nous ne sommes pas très nombreux à bloguer pour le moment, mais ça augmente sans arrêt. En Iran, le jour où un développeur a conçu un logiciel
de blogs en farsi, leur nombre a été multiplié par dix mille en un an. Ici, ça va être pareil dès qu'on aura un logiciel en arabe.» Le 1er juin, Sandmonkey a publié une tribune dans le Christian
Science Monitor, appelant les Etats-Unis à stopper toute aide ou investissement en Egypte. «Notre gouvernement contrôle les médias, la presse écrite, bat et arrête les manifestants et s'attaque
au seul espace de liberté d'expression en Egypte. Pour toutes ces raisons, je vous demande de boycotter l'Egypte.» «Si avec ça je ne me fais pas arrêter, reprend-il, cela prouvera aux gens qu'il
ne faut pas avoir peur et qu'il faut agir pour changer l'Egypte.» Et si l'Etat bloquait les blogs ? «On contournera ! Ils ont mis Alaa en prison, ça ne l'empêche pas de continuer à bloguer.»
«La qualité de certains de ces blogs est impressionnante, reconnaît un diplomate, qui les consulte pour prendre le pouls de l'opposition égyptienne. Ils peuvent être remarquablement informés et
constituer une vraie source d'information indépendante.» «Ils amènent un plus, confirme l'analyste Joshua Stacher. Mais un blog reste l'expression d'un point de vue, il est donc soumis à débat.»
La population des blogueurs égyptiens, d'ailleurs, reste relativement homogène : une élite éduquée, souvent bilingue, urbaine et jeune, assez aisée pour disposer d'un ordinateur à domicile. Hors
du Caire et d'Alexandrie, point de blogueurs ou presque. Pour le reste, Joshua Stacher relève que les blogueurs n'échappent pas aux clivages traditionnels qui paralysent depuis longtemps
l'opposition égyptienne : les marxistes d'un côté, écrivant en arabe, les libéraux de l'autre, bloguant en anglais.
«Moi, je suis un peu à part», dit Karim. A 21 ans, ce fou de musique classique vient de tomber dans la blogosphère. Encouragé par un ami, il s'est lancé dans le commentaire politique, sur le site
Almeezan. Depuis, il cherche à recenser les blogs politiques égyptiens (3). «Le but, c'est d'encourager les gens à travailler ensemble, quelles que soient leurs différences, tant que cela aide
l'Egypte.» Karim écrit en anglais, «la langue du Web», mais s'il se félicite que les blogueurs aient pu attirer l'attention internationale sur la situation en Egypte, il souligne que «le
changement ne viendra que de l'intérieur. Beaucoup de blogueurs se prennent au sérieux et sont engagés dans une course à la célébrité infantile. Ce n'est pas comme cela que les choses
changeront.»
«Depuis les arrestations, la blogosphère égyptienne est fragilisée», regrette à son tour Zeinobia, une blogueuse assidue. «Mon message à tous, arrêtez de faire les cons, restez anonymes, vous ne
changerez pas le monde en un jour, et ne comptez pas sur l'Occident pour nous aider», écrit-elle, amère et convaincue que l'excès de visibilité de certains blogueurs va précipiter la fermeture
des sites. «Je suis lâche, mais réaliste. Je pense à ce verset du Coran qui dit : "Ne vous jetez pas dans un sort malheureux." Et je pense aux griffes du régime.» Ces griffes que les blogueurs
d'Egypte voudraient voir limées.
(1) Ses billets, sortis clandestinement de prison, sont régulièrement mis en ligne sur Manalaa.net.
(2) Logiciel affichant sur une même page tous les nouveaux commentaires des blogs auxquels l'internaute est assidu.
(3) freealaa.blogspot.com/
egyptianchronicles.blogspot.com/
baheyya.blogspot.com/
http://egyptianvisions.blogspot.com/
http://www.liberation.fr/page.php?Article=389983
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