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nicoducaire

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Cultures et societes en Egypte et dans le monde arabe - Arab and Egyptian cultures and societies


Al-Ahram: Interview de MM'Akef, Guide suprême des frères musulmans

Publié par nico sur 18 Octobre 2006, 11:38am

Catégories : #Egypte

Al-Ahram Hebdo : Il y a quelques jours, vous avez été informé de votre interdiction de partir en Arabie saoudite pour faire le petit pèlerinage. Vous a-t-on donné une raison ?

Mohamad Mahdi Akef : Après une acceptation initiale par les autorités, j’ai été surpris d’apprendre le jour même du voyage que la sécurité de l’Etat avait pris la décision de m’interdire de quitter le pays. Aucune raison n’a été avancée. Je ne crois pas que le but était de m’empêcher de contacter d’autres organisations en dehors de l’Egypte, parce que même sans quitter l’Egypte je peux établir des contacts avec qui je veux. Cette décision est contre la loi et la Constitution qui garantissent la liberté de culte. Malheureusement, la raison de mon interdiction de voyage reste inconnue d’autant plus que les autorités permettent à des gens impliqués dans des drames nationaux de quitter le pays, comme le propriétaire du ferry Al-Salam qui s’est échoué en mer et a fait un millier de morts. Le lendemain du drame, celui-ci se trouvait déjà à Londres.

— La confrérie a publié un communiqué à l’annonce de votre interdiction de voyager, quels sont les messages-clés de ce communiqué ?

— Il s’agissait notamment de condamner les mesures abusives prises contre les membres de la confrérie et de réaffirmer notre détermination à poursuivre la lutte en faveur de la réforme politique et contre le despotisme et la corruption. Le communiqué a également pris soin de souligner que le régime ne respecte ni la loi ni les droits de l’homme.

— Justement, quelle est votre position à l’égard de la réforme constitutionnelle promise, quels sont les articles qui doivent être changés, ceux que l’on doit garder ?

— Au sein du Parlement, les députés issus de la confrérie participent aux débats relatifs à ladite réforme, ils font leur travail. Cela dit, j’ai toujours affirmé qu’il est impossible de procéder à une réforme constitutionnelle alors que le pays vit sous l’état d’urgence. Il faut d’abord donner leur liberté aux Egyptiens et organiser des élections intègres sans falsification ni fraude. C’est ainsi qu’on pourra avoir un Parlement capable d’entreprendre une réforme réelle, mais avec un Parlement dominé par une majorité progouvernementale, pour ne pas dire gouvernementale, aucune réforme ne sera possible.

— Grâce au mode de scrutin uninominal, la confrérie a réalisé de très bons résultats lors des dernières élections législatives, fin 2005. Mais l’on se dirige vers l’adoption du mode de scrutin de liste pour les futures élections. Etes-vous pour ou contre ce changement ?

— Je suis contre le changement du mode de scrutin. Le scrutin uninominal nous a permis d’obtenir 88 sièges au Parlement l’année dernière. C’est que malgré tout, les Frères sont bien enracinés dans la société égyptienne. Mais cela n’a pas plu au gouvernement qui, à travers de telles modifications, cherche à exclure les Frères musulmans de tous les aspects de la vie en Egypte.

— Pensez-vous que la présence des députés issus de la confrérie, le fameux bloc des 88, au Parlement, ait fait bouger les choses dans un sens ou dans un autre ?

— Ils arrivent à assumer leur rôle malgré les harcèlements des services de sécurité qui peuvent aller jusqu’à l’arrestation des citoyens qui osent les contacter ou se rendre dans leurs bureaux. Malgré ces handicaps, nos députés ont fait du très bon travail. D’après les rapports officiels de l’Assemblée du peuple, 50 % des interpellations et des interrogations lors de la dernière session parlementaire étaient initiées par les députés du bloc des 88.

— Avez-vous jamais envisagé, dans la foulée du discours sur la réforme, la transformation de la confrérie en parti politique ?

— Franchement, la formation d’un parti politique pour les Frères n’aura jamais lieu en présence dudit « Comité des partis ». Cet organisme qui autorise, suspend ou interdit les partis politiques est, à mon avis, non constitutionnel et illégal. Si ce comité disparaît de la scène, la confrérie pourra envisager la formation d’un parti politique.

— Si les Frères musulmans accèdent au pouvoir, quelle sera votre première décision ?

— Ce sera sans doute l’annulation de toutes les lois et décisions qui entravent les libertés publiques, pour donner lieu à d’autres dispositions favorisant le respect de l’individu et de ses droits. La liberté est un don de Dieu que personne n’a le droit de retirer.

— Lequel de ces deux modèles appliqueriez-vous, l’iranien ou le saoudien ?

— Aucun des deux, parce que je suis contre les deux. Ce que nous allons appliquer, c’est le modèle du prophète Mohamad qui est le seul vrai modèle.

— Les Frères sont toujours accusés de ne pas avoir un programme politique au vrai sens du terme …

— Ce n’est pas vrai que les Frères ne possèdent pas un programme politique, nous avons un programme très clair qui se base sur la charia.

— Et comment calmeriez-vous les inquiétudes des coptes qui s’inquiètent de la perspective de votre accession au pouvoir ?

— Ces inquiétudes ne sont pas fondées car l’islam accepte les religions juive et chrétienne et leurs livres saints. Ceux qui ont peur de nous ne connaissent pas l’islam. Les musulmans et les coptes ont toujours coexisté dans la paix. Moi, par exemple, j’ai beaucoup d’amis coptes. Les tensions interconfessionnelles ne resurgissent que sous les régimes despotiques.

— Quel est le climat de votre relation actuelle avec le gouvernement ?

— Chaque fois que les intérêts de la confrérie coïncident avec ceux du gouvernement, les relations s’améliorent, mais dès qu’il y a divergence de vues, elles redeviennent problématiques. Mais d’un autre côté, je crois aussi que les Etats-Unis ont donné le feu vert au gouvernement pour écraser les mouvements islamiques.

— Et qu’en est-il de vos relations avec les partis politiques et les autres forces de l’opposition ?

— Nous faisons partie du Front national pour le changement qui inclut également les partis du Travail, Nassérien et d’Al-Karama, entre autres. Ce qu’on refuse cependant, c’est le discours virulent que tiennent certains partis à l’égard des Frères musulmans.

— Les arrestations de membres de la confrérie sont fréquentes ces derniers mois. Que comptez-vous faire pour tous ces détenus ?

— Je considère que ces arrestations fournissent la preuve que le despotisme de l’appareil sécuritaire bafoue toutes les lois. Essam Al-Eriane et Mahmoud Morsi, par exemple, ont été arrêtés durant les manifestations de soutien aux juges réformateurs qui ont eu lieu il y a près de six mois. Or selon la loi, leur détention provisoire ne devait pas dépasser les deux mois.

— La confrérie a pris pour la première fois la décision de participer aux élections des syndicats ouvriers qui auront lieu le 12 novembre prochain … Comment expliquez-vous cet engouement pour les élections ?

— Nous sommes une confrérie institutionnelle, c’est pour cela qu’on se doit de participer à toutes sortes d’élections, qu’elles soient professionnelles, ouvrières, estudiantines ou législatives. La décision de participer aux prochaines élections des syndicats ouvriers a été bien discutée au sein de la confrérie, ce n’est pas une décision individuelle.

Propos recueillis par
Ola Hamdi

http://hebdo.ahram.org.eg

 

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