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nicoducaire

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Cultures et societes en Egypte et dans le monde arabe - Arab and Egyptian cultures and societies


Policier, vous avez dit policier?

Publié par nico sur 25 Octobre 2006, 20:15pm

Catégories : #Egypte

Toujours dans l'optique de sortir de la vision 'carte postale' de l'Egypte quelques réflexions sur la nature et la réalité du pouvoir dans ce pays.

Vu de l'extérieur, il est facile d'arriver avec ses idées préconçues d'occidental, l'esprit imibé de mots tels que 'démocratie', 'liberté', 'opposition', etc... Et même si on a fait un mémoire sur l'un des principaux courants politiques égyptiens, ca ne remplace pas l'expérience du terrain...

Le terme qui pourrait caractériser le plus visiblement la nature du régime égyptien est celui 'd'état policier'. Ici, la police est une institution, et on ne fait pas 3 pas sans tomber sur un agent de police. ils sont partout: aux carrefours, devant les ambassades, à l'entrée de certaines rues, devant les grandes banques, ... Avec l'amour que je porte globalement au corps policier, il ya de quoi être mal à l'aise... Surtout quand on habite à 2 minutes de l'ambassade américaine et qu'on se voit obligé de présenter ses papiers pour rentrer chez soi (quand on est pas obligé de faire un détour), et qu'on passe tous les jours devant 3 fourgons de CRS... De même quand on voyage on est obligé de s'arrêter régulièrement aux différents check points mis en place sur toutes les routes du pays, et où on peut rester, suivant l'humeur de l'officier du moment, entre 5 minutes, une demi-heure... le temps éventuellement de vérifier les papiers de chacun des voyageurs, fouiller ses bagaes, etc... Heureusement pour le moment ca ne m'est pas encore arrivé... L'avantage d'être occidental (je reviendrai plus longtemps sur la différence entre occidentaux et arabes dans un autre article) c'est qu'a priori la police va moins nous chercher des puces. mais si vous êtes arabes voire, pire, israélien, armez vous de patience et attendez vous à tout!

Les récits d'arrestations arbitaires et de mauvais traitements, voire même de torture, en prison, sont également légion. Il n'est par exemple pas bon d'être un opposant politique (voir l'article “Hi, This is State Security” ou le site http://arabist.net notamment). Mais même si l'on n'a rien à se reprocher, on n'est pas à l'abri d'un contrôle d'identité, d'une interpellation. Ici, pas de présomption d'innocence, pas de Bill of Rights, tout juste quelques associations de défense des Droits de l'Homme qui peinent à avoir une action et une audience efficaces...

Et pourtant les policiers ici ne sont pas les caïds qu'on s'attendrait à voir: la plupart sont 'des paysans avec un fusil et un uniforme', gagnent 15€ par mois, et généralement il suffit de leur adresser quelques mots en arabe pour qu'ils deviennent super sympas et serviles... Mais un policier reste un policier et dans un pays où la soumission à l'autorité est intégrée dans les mentalités depuis plusieurs millénaires, ca peut faire mal...

On aborde ici un autre point important: la nature autoritaire du régime égyptien. Pour ceux qui sont pas trop au courant, l'Egypte est devenue indépendante au début des années 1950, et Nasser en devient rapidement Président après avoir veillé à supprimer tous ses ennemis potentiels, ce à quoi il s'emploiera pendant toute sa présidence (c'est lui qui a introduit les camps de concentration en Egypte et interdit les partis politiques). Nasser se veut le pionnier du pan-arabisme et du tiers-mondisme, et vise l'indépendance vis-à-vis des puissances occidentales même si son modèle emprunte beaucoup au soviétisme: Etat omnipotent, centralisation de l'économie, politique des grands travaux, expansionisme, adoration du leader et liquidation des opposants... Bien sûr Nasser a réalisé de grandes choses sur le plan économique et social, notamment il a contribué au 'développement' de l'Egypte dans les années 60 et à faire du Caire l'une des capitales les plus importantes dans la région. Après sa mort lui succède Sadate en 70, qui, après une révolution de palais pour s'assurer les pleins pouvoirs, ne change pas grand chose à la nature du régime, même s'il prône une ouverture économique, un rapprochement avec Israël et s'allie plus ou moins tacitement avec les islamistes. C'est de cette époque que date la réislamisation de l'Egypte. Après son assassinat en 1981, c'est donc Moubarak qui s'empare de la présidence de la République Arabe d'Egypte. et continue dans la lignée de ses prédecesseurs: l'etat d'urgence est institué après l'assassinat de Sadate et est toujours en place 25 ans après, ce qui permet un autoritarisme renforcé, des pouvoirs plus grands accordés aux tribunaux militaires, un poids de la police omniprésent... Depuis les élections présidentielles de 2005, Moubarak a voulu faire croire, notamment en direction de ses alliés occidentaux qui n'y ont vu que du feu, à une volonté de réformes démocratiques: élections présidentielles 'pluripartites' (le challenger de Moubarak avec 5% des voix est aujourd'hui en prison), effets d'annonces sur un grand programme de réformes démocratiques (révision de la constitution...). Le peu de réformes effectivement mis en place n'a pas franchement contribué à la démocratisation du pays...

Au delà de cet aspect autoritaire, le régime égyptien se caractérise également par la prédominance d'une bureaucratie pléthorique et corompue, par l'accaparation du pouvoir et des richesses par une petite élite occidentalisée, et surtout par la soumission dont font preuve la plupart des Egyptiens.

En dehors de quelques mouvements d'opposition, comme les Frères Musulmans ou le mouvement Kifaya récemment constitué, les Egyptiens sont plutôt dans l'optique 'better the devil you know that the one you don't know'... Autrement dit: Moubarak est un tyran, mais au moins on le connaît, et on le préfère à un inconnu qui ne se comprterait certainement pas mieux. D'une manière générale les Egyptiens s'accomodent donc de la nature de ce régime, et, comme pour le reste, chacun y va de sa combine et de son réseau de contacts, agrémenté de quelques bakchich bien placés, afin de pouvoir continuer à vivre 'en paix'...

Une ambiance bien différente donc qu'en France, où on est plus prompt à s'insurger et à protester... peut-être aussi parce qu'on nous en laisse la possibilité (du moins pour le moment!)  Continuons donc à nous battre pour la démocratie et les Droits de l'Homme, au moins dans notre propre pays, afin de pouvoir éventuellement servir de modèle aux autres!! (ce qui n'est pas vraiment le cas pour le moment...)

voila il y aurait encore plein de choses à dire mais ce sera pour une autre fois!!

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suzanne 26/10/2006 08:56

anamyse pertinante... il faudra que le la lse plus attentivement en prévision d'un nouveau commentaire plus approfondis...
la police était (est) encore tout aussi présente au liban, même si avant le retrait syrien, c'était l'armée syrienne qui contrôler la circulation et les individus...

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