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nicoducaire

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Cultures et societes en Egypte et dans le monde arabe - Arab and Egyptian cultures and societies


Un dossier sur les élections en Egypte

Publié par nico sur 15 Novembre 2006, 10:02am

Catégories : #Egypte

Juste pour vous signaler dans Al Ahram hebdo (www.hebdo.ahram.org.eg) de cette semaine un dossier sur les élections étudiantes et ouvrières de la semaine dernière en Egypte, les violences qui ont eu lieu, et une mise en contexte... Voici le premier article un peu général:

Des urnes à bras le corps
Politique . Les élections ouvrières et estudiantines se sont déroulées sur fond de tension et d’interventions des forces de l’ordre. La violence devient désormais la seule constante dans tout scrutin en Egypte

Des milliers de personnes rassemblées, menées par des leaders ressemblant plutôt à des révolutionnaires du XIXe siècle. Un peu plus loin une autre masse de gens s’approche. Les groupes se mélangent, la tension monte et aussitôt les bagarres commencent avec toutes sortes d’armes. Les forces de sécurité passent vite à l’action. Matraques contre pierres. Des coups de couteaux touchent parfois. Résultat : des blessures, et pourquoi pas des morts, sans compter les dégâts matériels. Il ne s’agit ni d’une scène de révolution, ni même d’une manifestation ou encore d’une grosse bagarre entre « baltaguis », mais c’est une journée « ordinaire » d’élections en Egypte.

Les douze derniers mois ont témoigné d’une série d’élections : présidentielle, parlementaire, estudiantines, professionnelles et ouvrières. Toutes se sont déroulées sur fond de vagues de violences et d’abus de tout genre. « La violence est devenue un moyen systématique de l’Etat pour s’imposer. Il l’utilise simplement pour s’emparer des droits des autres et opprimer ses opposants », explique Mohamad Sayed Saïd, vice-président du Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Nous avons vu plusieurs images et photos, qui ont eu un grand impact dans les quatre coins du monde, montrant des centaines de membres des forces de l’ordre agressant des électeurs, ou des partisans de l’opposition dans des scènes incriminant vulgairement le régime. Et en voyant l’Etat agir, ainsi les différentes forces politiques ont copié le modèle. C’est l’exemple tribal voire barbare qui prime. « L’effondrement du processus démocratique et la perturbation des scrutins est la responsabilité de l’Etat et de toutes les instances au pouvoir qui sacrifient les concepts de démocratie pour des gains personnels et conserver leurs sièges », déclare l’écrivain Salama Ahmad Salama.

Le « virus de la violence » a même frappé les jeunes étudiants de l’université, qui ont adopté des positions tout aussi radicales, donnant naissance à des scènes sanglantes qui démontrent que cette jeune génération d’étudiants a bien appris la leçon (voir encadré). « Les jeunes sont très vifs et plein d’actions. La violence qui arrive est quelque chose de normal d’autant plus qu’ils n’ont pas de culture démocratique. La réaction ne doit pas être sévère. Nous devons les punir en nous référant aux règlements des universités et non à ceux de la police », affirme l’historien Milad Hanna. Selon lui, en cadrant cette violence, le pouvoir va paniquer et faire marche arrière en matière de liberté si l’on peut estimer qu’il avait progressé.

Les fraudes menées par le gouvernement dans le domaine électoral et la grande présence sécuritaire existent depuis plusieurs décennies sans véritable résistance ni de la part de l’opposition ni du peuple. Une impuissance peut-être. Les choses ont forcément changé depuis quelques années. Des variables sont entrées en jeu engendrant de telles confrontations. « La supervision par le corps judiciaire des élections a rendu les scrutins plus crédibles aux yeux des électeurs et des différentes forces politiques. Ils savent qu’en résistant désormais à la violence de l’Etat, ils auront plus de chances de se situer sur la carte politique future », explique Saïd. Ces magistrats n’ont cependant pas pu mener leur rôle à perfection, mais ils ont fait une grande mutation dans le processus électoral et ont pu, plus au moins, contrôler les abus commis. L’exemple de Noha Al-Zeini, qui a dénoncé la fraude dans la décompte des voies dans la circonscription de Moustapha Al-Fiqi, représentant du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir), a confirmé qu’une grande partie des magistrats ne se sont pas soumis aux pressions. Ils étaient plutôt la cible d’actes de violence. Pour la première fois, on voyait des juges agressés par la police et deux d’entre eux déférés devant une commission disciplinaire pour avoir osé parler de fraudes. L’autre facteur moteur est celui des médias.

Au cours des quelques dernières années, les médias ont vécu un grand épanouissement non seulement dans les moyens techniques mais aussi dans le fond, et beaucoup de barrières sont tombées. Ils ont pu franchir les lignes rouges dans des zones qui sont restées intouchables pour de longues années. La presse et la télé, menées par les différentes chaînes satellites telles que Al-Jazeera et Al-Arabiya, ont exposé les entraves placées par les forces de polices et de sécurité dans les élections. De même, elles ont éclaboussé le régime de scandales en mettant en relief les différentes fraudes. Les scènes de violence et les photos entraient dans chaque maison pour y rester et se graver dans la conscience populaire. Pour Saïd, c’est ce facteur qui a fait la grande différence d’autant plus que les médias étaient « presque absents en 2000 en comparaison des élections de 2005 ». A ceci s’ajoute une société en éveil, une société en mutation. Lors des dernières années plusieurs organisations non gouvernementales ont été fondées, de même que certains mouvements populaires, comme Kéfaya, qui ont surveillé ces élections et ont trouvé des créneaux pour dénoncer les erreurs et abus du régime. On parle désormais d’un nouvel horizon, celui de la démocratie. Les différentes forces politiques sentent que le moment approche. « C’est un moment décisif dans l’histoire de l’Egypte. Les différents partis politiques veulent confirmer leur présence, car ils savent que c’est le temps de gagner du terrain et se forger une popularité. Ce qui se passe aujourd’hui, même si c’est violent, leur donnera plus de crédit dans le futur », estime Hanna.

Même le terrain ouvrier

Les Frères musulmans ont été les premiers à assimiler ce message. Violence peu importe, c’est le but qui compte. Ils ont l’habitude de ces coups de filet policiers à leur égard. Le gouvernement, lui, craint une montée des islamistes. Les partisans du PND ont utilisé tous les moyens, légitimes ou pas, pour les contrecarrer. La réaction musclée n’a pas empêché la confrérie de faire une importante percée en décrochant 88 sièges à l’Assemblée du peuple lors des législatives de 2005. D’ailleurs, la première vague de violences a commencé lors de ces élections, lorsque les forces de sécurité ont eu recours à des mesures très sévères contre les islamistes. Ces derniers ont été désignés par les autorités comme les instigateurs de la violence. C’est la même accusation qui s’est répétée pour chaque scrutin qui a suivi. « Les Frères ont été victimes de grandes agressions et ensuite ils ont dû répondre par des méthodes similaires et se défendre, afin de pouvoir survivre et réaliser leurs objectifs. C’est le régime qui a pris l’initiative de cette action et continue toujours, même avec un ton accentué, pensant que son pouvoir a été touché », répond Saïd. En effet, avec les grandes ambitions de la confrérie au niveau politique, le régime n’a pu qu’accroître ses mesures excessives.

Les Frères ont décidé d’aller chasser pour la première fois dans le terrain ouvrier lors des dernières élections afin d’avoir plus de poids sur la scène. Touche pas à mon terrain. Le régime n’était pas prêt à avoir un autre casse-tête ailleurs et c’est ainsi qu’il a eu recours à une autre méthode, plus pacifique. Disqualifier les autres concurrents à tendance politique opposante et créer une certaine forme du veto administratif. « Le pouvoir veut nous couper les ailes. Sur nos 2 000 candidats, il n’en est resté que 700 », a annoncé Sabel Aboul-Fotouh, coordinateur de la confrérie. Malgré les nombreux recours à la justice, ils ont été écartés de la course, et par la suite, les hommes du pouvoir ont rivalisé entre eux et la violence qui a accompagné les procédures de candidatures et la formation des listes électorales, a été suivie d’un calme étonnant le jour du vote.

De l’intimidation pour ne pas dire de la violence. Et le visage du régime ne rougit jamais de honte. « La nouveauté, c’est que les interventions des forces du gsont devenues plus agressives et arrogantes. Elles ne se soucient pas des moyens de contrôles ni de supervision. Il est devenu maintenant très facile de supprimer une masse de candidats opposante », explique Salama. Signe de faiblesse et de perte de contrôle, dit-on. Le gouvernement veut reprendre à tout prix les choses en main mais oublie qu’au fil des années la répression s’est accumulée et qu’une explosion est le scénario le plus probable, s’il n’y a pas de bouffée d’air. Pour Hanna, c’est l’une des caractéristiques de cette période transitoire par laquelle passe le pays. « Il faut être très prudent. Sinon les conséquences seront dramatiques et le pays risque de plonger dans un cercle vicieux de violences et de perturbations et de lutte féroce pour le pouvoir ».

Karim Farouk

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