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nicoducaire

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Cultures et societes en Egypte et dans le monde arabe - Arab and Egyptian cultures and societies


Plus d'infos sur les mouvements etudiants

Publié par nico sur 14 Décembre 2006, 12:42pm

Catégories : #Egypte

Ci dessous un article d'Al Ahram décrivant la situation actuelle sur les campus egyptiens, situation assez exceptionnelle!! A mettre en lien avec l'article précédent.... Et en attendant un peu plus de vécu!!

Université. La tenue d’élections parallèles donnant naissance à une union estudiantinebaptisée « L’Union libre », en réaction à l’élimination de certains candidats des listes électorales, est une première en Egypte. Reportage à l’Université de Hélouan, où cette rébellion démocratique a vu le jour.  

Journées d’insurrection 

Hélouan, banlieue du sud de la capitale, est rarement au cœur de l’actualité. Pour tous, c’est la banlieue qui réunit le plus grand nombre d’usines et d’unions ouvrières. Bref, une région qui ne capte l’attention que lorsqu’une nouvelle entreprise est inaugurée ou lors d’élections syndicales. Pourtant, aujourd’hui, Hélouan polarise l’attention. Plus précisément son université, où la tension est à son comble. On la sent avant même d’en franchir le seuil. Véhicules blindés, grand déploiement des forces de l’ordre, manifestations en chaîne, arrestations, on a l’impression de poser le pied dans un champ de bataille et non pas dans un campus. A l’Université de Hélouan, les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Jeunes opposés aux forces de l’ordre, interpellations massives d’étudiants et sabotages priment.

A l’intérieur du campus, la situation n’est pas plus calme. Déclamations orales, sit-in et même des pancartes affichant des slogans d’opposition sont suspendues sur tous les murs de l’université : « Patrie libre, université libre », « Nous demandons le retour de 400 étudiants renvoyés abusivement de leurs établissements », « Nous nous dressons contre toute ingérence des services de sécurité dans les affaires internes de l’université ».

Tout a commencé il y a environ deux semaines, suite à la publication des noms des candidats aux élections de l’Union estudiantine. Les noms des candidats représentant les Frères musulmans, le mouvement d’opposition Kéfaya, Al-Ghad, les Nassériens et même certains du PND (parti au pouvoir) ont été rayés de toutes les listes électorales dans toutes les universités d’Egypte. Une procédure dictée par les services de sécurité et qui a suscité un tollé chez les étudiants, toutes tendances confondues, sans aucune justification fournie. Surprise, stupéfaction, révolte, les étudiants ont cherché à avoir une explication. Peine perdue. « Nous avons frappé à toutes les portes, à commencer par les doyens des facultés jusqu’aux recteurs et la réponse nous a choqués. Les responsables nous ont confié que les décisions venaient d’en haut et qu’ils ne pouvaient rien faire. On a eu du mal à croire que des responsables occupant des postes aussi importants puissent accepter de servir de marionnettes. Il aurait été plus digne pour eux de démissionner que de faire un tel aveu », explique Amr Hamed, président de l’Union estudiantine égyptienne.

Outrés par cette réponse et déterminés à ne pas en rester là, les candidats éliminés organisent des réunions intensives et finissent par prendre une décision audacieuse, à savoir discréditer les résultats des élections estudiantines officielles, jugées, selon eux, de « falsifiées et manipulées par l’Etat ». Et ce n’est pas tout. Ces jeunes rebelles décident d’organiser des élections parallèles, permettant aux candidats rayés de la première liste électorale de se représenter. Des élections dont l’objectif est de créer une union estudiantine réelle, qu’ils ont baptisée « L’Union libre ».

Pour Abdel-Aziz Mégahed, secrétaire de l’Union estudiantine libre de l’Université de Hélouan, l’idée d’une union parallèle a été inspirée de certaines universités européennes et nord-africaines. En Algérie, l’Union estudiantine parallèle a existé pendant 13 ans et a fini par être reconnue de tout le monde. Mais, pour Gamal Badawi, historien, l’université égyptienne n’a jamais vécu une telle expérience. « Les pressions imposées par le pouvoir sur les étudiants n’ont jamais atteint ce stade. L’ingérence des forces de l’ordre dans les activités estudiantines et la tentative d’étouffer tout mouvement politique au sein de l’université en sont la cause. L’Etat ne veut pas se démettre de son rôle de tuteur. Les choses ont changé et il ne faut surtout pas sous-estimer les capacités de la nouvelle génération ». Badawi rappelle les années de gloire de l’université égyptienne. Cette dernière a été le noyau de tous les grands mouvements politiques et d’où ont été organisées les plus importantes manifestations de l’histoire de l’Egypte. « Un cœur qui battait au rythme des événements, et dans son enceinte, tous les courants politiques étaient représentés et cohabitaient ensemble ».

Une cohabitation qui n’est plus possible de nos jours, puisque les étudiants n’ont même plus le droit d’exprimer leurs idées.

 

Onde de choc

La décision d’organiser des élections parallèles est prise et la date est déjà fixée. Onde de choc chez les forces de l’ordre qui croyaient que les choses allaient s’arrêter à de simples déclarations. Mais là, tout prouve que c’est bien sérieux.

Du jour au lendemain, le campus s’est transformé en une ruche d’abeilles : les tâches sont distribuées et les listes électorales imprimées et réparties dans toutes les facultés. Bien sûr, cette fois, aucun nom n’a été omis. Les programmes sont affichés sur les murs. Une campagne électorale, permettant à chaque candidat, indépendamment de sa tendance, d’exprimer ses idées, a été lancée. On peut observer des programmes électoraux élaborés par des étudiants appartenant aux Frères musulmans côtoyer ceux des coptes, ou encore des Nassériens collaborer avec des libéraux.

Des jeunes de toutes les tendances politiques ont mis leurs différends de côté pour travailler ensemble. Certains ont même formé des alliances. Du jamais-vu dans le milieu estudiantin égyptien.

Autre singularité de cette expérience : tout se déroule dans une ambiance pacifique. Aucune tension, aucune fraude, une véritable expérience démocratique. Des ONG sont même présentes pour veiller au bon déroulement de ces élections. Des activistes de l’Association égyptienne pour le soutien au progrès démocratique qualifient cette élection de « progrès, un pas en avant, un acte civique, une expérience mature, un tournant important dans l’histoire de l’université ».

Des urnes transparentes et de l’encre phosphorique sont utilisées pour le vote et ce, pour garantir le maximum de transparence. Des nouveautés qui ont poussé des milliers d’étudiants à venir voter. Ces élections libres ont donc enregistré un taux de participation record. Dans les 17 universités égyptiennes, plus de 131 000 électeurs ont boycotté les élections estudiantines officielles et ont préféré voter pour les candidats de l’Union libre. A l’Université de Hélouan, la première à avoir introduit l’idée, environ 15 000 étudiants ont voté pour les candidats des élections parallèles. Vu le succès de l’expérience à Hélouan, l’idée a fait écho dans toutes les universités égyptiennes. D’Al-Azhar à Aïn-Chams, en passant par toutes les universités du Caire et de la province, mais aussi celles de la Haute-Egypte.

« Nous avons toujours été épris de démocratie. Il n’était pas question de rater une telle opportunité », explique Hala, un étudiante de lettres qui a voté pour un candidat de tendance nassérienne. Pour elle, les élections officielles n’ont aucune raison d’être. Et c’est pourquoi Hala, comme la plupart de ses camarades d’amphithéâtre, a boycotté ces élections. « Elles ressemblent à une pièce de théâtre fabriquée de toutes pièces et dont les résultats sont décidés d’avance. Il faut voir le programme électoral de ces étudiants pour constater à quel point il est futile et sans aucun sens. Ils se vantent d’avoir organisé des réunions entre les étudiants et les membres du parti au pouvoir. En quoi cela peut-il nous intéresser ? », ironise-t-elle.

 

Patriotisme et activisme

Au lendemain des élections libres et au-delà des paroles, les étudiants élus ont voulu transmettre un message bien précis. « Nous ne sommes pas de jeunes naïfs et insouciants comme on tente de nous qualifier. Nous avons le sens du patriotisme et sommes déterminés à jouer un rôle actif dans nos universités. Ces élections n’étaient qu’une façon positive d’exprimer notre refus de l’oppression. Et ce n’est qu’un début », insiste Mégahed.

Les insurgés de Hélouan ne ratent aucune occasion pour se faire entendre et passer à l’action. Leur dynamisme et leur efficacité se sont fait sentir rapidement au sein de leurs universités. Ils intentent un procès contre l’administration de l’université qui a retiré leurs noms des élections officielles, soutiennent leurs confrères arrêtés lors des élections, obtiennent des autorisations pour que leurs familles puissent leur rendre visite en prison, collectent des fonds pour les aider et rendent visite aux étudiants blessés et hospitalisés durant les manifestations. Ils font appel à des militants de la société civile pour que les étudiants incarcérés soient acquittés avant les examens de mi-année.

Etrange, mais vrai : les résultats de ces élections ont révélé à quel point les craintes du pouvoir étaient injustifiées.

« Le pouvoir était certain que les Frères musulmans allaient l’emporter. Mais personne ne peut prédire les résultats d’une élection. Chaque expérience électorale a ses propres calculs. Tout dépend des compétences de chaque candidat et des efforts qu’il a déployés. L’Etat n’a qu’à faire une lecture des résultats de nos élections qui représentent toutes les tendances », commente Abdel-Rahmane Abou-Samra, secrétaire de l’Union de la faculté de commerce de l’Université de Hélouan. Au niveau des universités égyptiennes, les candidats des Frères n’ont occupé que 25 % des sièges. Les indépendants, les membres de Kéfaya, du PND, les Nassériens et les Wafdistes ont emporté le plus grand nombre de voix.

A l’Université de Hélouan, 800 étudiants ont présenté leurs candidatures, dont 128 seulement appartiennent à la confrérie des Frères musulmans. A la faculté de commerce, les coptes ont raflé la majorité des voix. Ayoub Samouïl a été élu secrétaire du comité artistique. Joseph, vice-secrétaire de la faculté de pharmacie, est lui aussi copte. Il se félicite d’avoir écrasé le candidat des Frères et est fier d’avoir arraché une victoire dans des conditions aussi difficiles.

Aujourd’hui, la situation dans les universités égyptiennes est sans précédent. Pour la première fois, deux unions estudiantines existent sous la même enceinte et sont censées cohabiter. Ironie du sort : l’Union officielle a perdu de son aura alors qu’elle est qualifiée comme étant « la seule union légitime ».

Pour les étudiants, c’était une évidence : « Comment des étudiants qui nous ont été imposés par les services de sécurité peuvent-ils être crédibles et gagner notre confiance ? », s’interroge Amr, étudiant en sciences politiques.

Les étudiants de l’Union libre, eux, ne font que gagner du terrain et leurs sympathisants se font de plus en plus nombreux. Chose qui les rassure et les incite à aller de l’avant. « Dans quelques années, l’Union estudiantine officielle tombera dans l’oubli. Elle n’aura plus de poids ni d’impact. L’Union libre sera la seule à être reconnue », dit d’un ton ferme Amr Hamed, président de l’Union libre égyptienne. Convaincu tout comme ses camarades qu’ils sont en train de réécrire l’histoire de l’Université égyptienne, ils savent néanmoins tous que le chemin sera semé d’embûches. Certains considèrent que ces élections libres sont une expérience singulière, un exploit en tant que tel. Pour ces étudiants, l’histoire va beaucoup plus loin. « L’université n’est qu’un microcosme de la société. Notre expérience est nouvelle mais elle stimulera d’autres organismes. Ce sont de telles initiatives qui permettront dans quelques années de changer le visage de toute une société », conclut Abdel-Rahmane Abou-Samra .

Amira Doss

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