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nicoducaire

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Cultures et societes en Egypte et dans le monde arabe - Arab and Egyptian cultures and societies


Ceci n'est pas une fete, c'est une revolution!

Publié par nicoducaire sur 28 Janvier 2012, 17:33pm

Catégories : #Egypte

"Di mich hafla! Di thaura!"

"Ceci n'est pas une fete! C'est une revolution!"

 

  C'est en scandant ces mots que le cortege de plusieurs dizaines (centaines?) de milliers de personnes, venant des quartiers ouest du Caire (Giza, Imbaba, Doqqi, l'Universite du Caire...), est arrive sur la place Tahrir, ce vendredi 25 janvier 2012, vers 15h30. 

  Le cortege etait parti, apres la priere de midi, d'une mosquee proche de la station de metro "Guiza", un gouvernorat populaire de la rive ouest du Caire. La marche est tres dynamique, les manifestant-es portent un drapeau egyptien de plusieurs metres de long, certain-es sont masque-es, affichant des visages de martyres, ou, des fois, celui de Vendetta, la star actuelle chez les jeunes manifestant-es egyptien-nes. Des slogans sont cries tout le long du trajet, reprenant ceux d'il y a un an: "pain, liberte, justice sociale", "degage!", "le peuple veut la chute du regime/ du gouvernement militaire", des fois "le peuple veut la mise a mort du general [Tantawi]". L'ambiance est assez differente suivant les endroits du cortege, mais toujours virulente: clairement, il ne s'agit pas juste de "celebrer" l'anniversaire de la revolution, mais bel et bien, de l'amplifier et la poursuivre. D'ailleurs, des appels frequents sont faits pour que les gen-tes descendent de leurs habitations et rejoignent le cortege. Au fur et a mesure, celui-ci grossit, rejoignant ou se faisant rejoindre par d'autres corteges partis d'autres quartiers. Un groupe de jeunes assez dynamique chante et danse des chants appelant a la chute du marechal, et regulierement des personnes sortent du cortege pour aller taguer des slogans sur les murs. Il fait beau et chaud, et l'ambiance est vraiment grisante, toute cette foule, qui, de quelques centaines de personnes, en rassemble desormais plusieurs dizaines de milliers, qui se dirige vers la place Tahrir sans s'arreter de chanter, de crier des slogans!!! A un moment, il devient impossible de discerner un debut et une fin de cortege, tant celui-ci semble s'etendre a perte de vue!!!

  Arrive devant l'opera du caire, tout le monde a en memoire ces images du 28 janvier 2011, ou la foule, aussi nombreuse qu'aujourd'hui, s'etait fait barrer le passage sur le dernier pont menant a la place Tahrir. La "bataille du pont Asr El-Nil" est ainsi un moment fort de la revolution de janvier dernier. Mais aujourd'hui, aucune force de securite n'est presente, et c'est donc par milliers que les manifestant-es s'appretent a traverser le pont!

  Au milieu de celui-ci, l'appel a la priere de l'apres-midi resonne, et, apres un moment d'hesitation, un groupe de personnes decide faire la priere ici, sur le pont, comme le 28 janvier dernier, quand les personnes presentes avaient fait leur priere sous le jet d'un canon a eau....

 

  En arrivant sur la place, on croise des groupes de gen-tes qui repartent dans l'autre sens: trop de monde, la place est bondee!!! impossible de determiner precisement le nombre de personnes presentes sur la place a ce moment, certainement beaucoup plus que les 150 000 annoncees par l'armee, certain-es parlent de 2 a 3 millions.....

  Si les slogans avaient jusque la beaucoup tourne autour du regime militaire et de la repression, enarrivant sur la place, c'est le but meme de cette journee qui est re-affirme haut et fort: on n'est pas la pour faire la fete, mais la revolution!! Il faut dire que les Freres musulmans, qui n'ont pas participe en tant qu'organisation a cette revolution, mais en ont retire tous les benefices politiques, etaient bien presents sur cette place, avec une enorme estrade, 50 hauts-parleurs, et des banderoles appelant la population a "feter" cet anniversaire. Pour le cortege en train d'arriver sur la place apres plusieurs heures de marche, de cris et de chants, il faut donc leur montrer que la revolution n'est pas fini, et que le peuple egyptien ne se laissera pas berner par le nouveau pouvoir en place, fut-il democratiquement elu! 

  Un cordon de securite est mis en place par le service d'ordre des Freres, pour proteger les femmes et l'acces a la tribune, mais contraignant de fait les nouveaux-elles arrivant-es a s'engouffrer dans un espace beaucoup trop etroit, ou on sera compresse-es les un-es contre les autres sans pouvoir sortir pendant plusieurs metres...

 

   L'ambiance ce jour-la sur la place Tahrir, et dans tout le centre-ville rendu exceptionnellement pieton, est assez particuliere, quelque part entre la grande fete populaire, le defouloir, et la contestation. Des millions de personnes sont certes descendues sur la place, mais "l'esprit de Tahrir" tant vante depuis un an n'est plus la: les gen-tes se poussent sans menagement, plusieurs femmes ont fait etat d'agressions sexuelles par des groupes d'hommes, les rues sont pleines de dechets, et la tension entre "forces revolutionnaires" et "Freres musulmans" (en gros, entre celles et ceuxqui pensent qu'il faut continuer la revolution, et celles et ceux qui, parvenu-es au pouvoir, ne souhaitent que le retablissement de l'ordre et de la paix sociale) ne va faire que s'amplifier pendant les jours a venir.

  En effet, le 25 janvier, ferie, tombant un mercredi, beaucoup d'Egyptien-nes ont "fait le pont" pour beneficier d'un week-end de 4 jours (le week-end en Egypte etant le vendredi et samedi), ce qui donne encore plus un air de "aid" aux rues du centre-ville.

 

  Assez rapidemment, la scission "Freres musulmans"/"Revolutionnaires" deviendra spaciale: des le mercredi soir, plusieurs centaines de personnes se deplacent de la place Tahrir, pour aller manifester a Maspero, siege de la television d'Etat et du Ministere de la Communication, et lieu-symbole de la repression et de la contestation de ces derniers mois. Si les tentes dressees sur la place sont de plus en plus nombreuses, c'est desormais a Maspero que se reunissent la plupart des personnes desireuses de continuer la Revolution, et appelant a la chute du gouvernement militaire. D'ailleurs, le vendredi 27 janvier (le vendredi etant devenu depuis un an le jour des grosses manifestations), des affrontements physiques ont fini par eclater, quand, une fois de plus, le service de securite des Freres a voulu empecher le cortege de Giza de penetrer sur la place. Dans plusieurs villes d'Egypte apparemment, de telles tensions se seraient manifestees. 

  Les jours a venir vont donc etre cruciaux pour l'avenir de la revolution: les Freres musulmans vont-ils trouver un terrain d'entente avec le Conseil militaire, pour ramener l'ordre dans le pays, ou les forces revolutionnaires vont-elles parvenir a relancer un mouvement de contestation suffisamment fort pour faire plier le Conseil militaire, et mettre une forte pression sur la mise en place d'un futur gouvernement?

  La fin de ce long week-end de 4 jours entrainera-t-elle un retour a la normale, comme les Freres, qui ont sagement rembarque leur estrade et leurs ecouteurs aujourd'hui, et le regime militaire, le souhaitent, ou au contraire, assistera-t-on a une nouvelle vague de contestation?

 

  Aujourd'hui a Maspero, les manifestant-es etaient en tout cas rejoint par les ambulancier-es du Caire, en greve illimitee, et qui se rassemblent elleux-aussi devant ce lieu emblematique du pouvoir pour se faire entendre, et une nouvelle manifestation est en cours...

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