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nicoducaire

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Cultures et societes en Egypte et dans le monde arabe - Arab and Egyptian cultures and societies


Emeutes et révoltes au Burkina Faso

Publié par nicoducaire sur 16 Mars 2011, 19:11pm

Catégories : #Afrique

Un article tiré du site Rebellyon:

 

Le Burkina Faso existe-t-il ?

Nous pou­vons vous affir­mer que oui. Et également que s’y dérou­lent depuis plu­sieurs semai­nes des évènements sur les­quels les médias tant fran­çais qu’inter­na­tio­naux obser­vent un silence aussi assour­dis­sant que com­pré­hen­si­ble, pré­fé­rant nous dis­traire avec des com­bats à l’arme lourde autour de dépôts pétro­liers libyens. Ces médias pour­raient pour­tant nous appren­dre que, suite au décès de Justin Zongo, élève de Koudougou, d’une « ménin­gite » dans un com­mis­sa­riat le 20 février der­nier, la popu­la­tion bur­ki­na­bée s’est levée en masse contre l’Etat : com­mis­sa­riats, gou­ver­no­rats et autres bâti­ments de l’Etat sont pris d’assaut et brûlés. Les bus qui cir­cu­lent dans les villes sont blo­qués et ins­pec­tés par des mani­fes­tants à la recher­che de poli­ciers.

Revue de presse non exhaus­tive :

« La semaine der­niè­res, les com­mis­sa­riats de Koudougou, Réo et Léo ont brûlé. » (Bark Biiga, faso­zine.com ,mardi 8 mars)

« Lundi 7 mars, après que les pri­son­niers en aient été libé­rés, c’est au tour des com­mis­sa­riats de Yako, de Poutenga et de Koupéla de brûler. Edifices publics van­da­li­sés, bar­ri­ca­des érigées, orga­ni­sa­tions de grèves et de mar­ches. A Koupéla, des enfants jouent sur les ruines du com­mis­sa­riat. » (RFI, mardi 8 mars)

« La révolte s’étend à tra­vers le pays : Bobo Dioulasso, Gaoua, Fada Gourma, Tengodogo, Pô et Léo… Brûlant les com­mis­sa­riats de Gourcy et de Dori, les mani­fes­tants fai­saient le bon­heur des déte­nus, heu­reux de retrou­ver leur liberté. » (Ange Hermann Gnanih,afree­ke­lec­tion.com, 8 mars)

« Mercredi 9 mars à Bogandé, vio­lents heurts entre forces de sécu­rité et élèves qui, sortis nom­breux, n’avaient qu’un seul objec­tif : brûler le com­mis­sa­riat de police et « manger » du poli­cier. Un hangar et un véhi­cule ont été incen­diés dans l’enceinte du com­mis­sa­riat. A Fada N’Gourma, les mani­fes­tants ont incen­dié le gou­ver­no­rat de la région avant de s’accro­cher furieu­se­ment avec les CRS. A Diapaga, chef-lieu de la Tapoa, les mani­fes­tants ont incen­dié les locaux de la direc­tion pro­vin­ciale de la police natio­nale. Des cas­ques arra­chés aux poli­ciers et gen­dar­mes ont été bran­dis comme tro­phées de guerre. A Manga, cons­ta­tant que les véhi­cu­les du com­mis­sa­riat avaient été convoyés en « lieu sûr », les mani­fes­tant se conten­tent d’insul­ter les poli­ciers. » (Le Pays / LeFaso.net, jeudi 10 mars)

« Ce mer­credi 9 mars 2011, à Ouahigouya, le siège du CDP (parti au pou­voir), la rési­dence du gou­ver­neur, tous les démem­bre­ments de la police, le Conseil régio­nal, la mairie, la Direction régio­nale de la Douane et une partie du Palais de jus­tice sont partis en fumée. Panneaux, feux de stop, tout est détruit au pas­sage. Au Palais de Justice, le hangar du par­king, le poste d’accueil, les bancs et chai­ses uti­li­sés lors des audien­ces sont asper­gés d’essence et brûlés. « Mettez le feu au Palais d’Injustice », a crié un mani­fes­tant der­rière un élève qui por­tait une robe de magis­trat sous les ova­tions de ses cama­ra­des. La liste des ser­vi­ces à visi­ter n’est pas close. Entre temps, le maire a été exfil­tré de sa rési­dence et amené en un lieu sûr. » (www.LeFaso.net, mer­credi 9 mars)

Ce ven­dredi 11 mars 2011, l’ANEB (Association Nationale des Etudiants Burkinabè) orga­nise une grande marche dans la capi­tale, Ouagadougou, « en vue de trans­met­tre un mes­sage au direc­teur géné­ral de la police natio­nale ».

Nous appe­lons tous ceux qui sou­hai­tent la dis­pa­ri­tion de ce monde à saisir chaque occa­sion de rap­pe­ler la lutte exem­plaire qui se déroule au Burkina Faso. Diffusez ce texte, trou­vez-en d’autres (récits de pre­mière main, vidéos sur inter­net, etc.), écrivez-en de meilleurs, par­tout, sur les murs, les affi­ches. Rassemblons-nous dans toutes les mani­fes­ta­tions pos­si­bles, res­tons mobi­li­sés. Répandons cette étrange épidémie dont nous n’avons rien à crain­dre, nous qui devons tou­jours tra­vailler pour un monde qui nous empoi­sonne.

En com­plé­ment :

Déclaration du mouvement des sans voix du Burkina Faso suite à l’affaire Justin Zongo et les émeutes au Burkina Faso

Koudougou, bas­tion de la résis­tance révo­lu­tion­naire Burkinabé s’est fait encore res­pec­ter et a entamé une lutte qui est en passe de conta­mi­ner tout le Burkina Faso.

Tout comme Flavien Nébié, Dabo Boukary et autres, Justin Zongo élève de la classe de 3e dans un établissement de la ville de Koudougou est encore tombé dans les grif­fes souillées de cette triste célè­bre IVe République du Burkina Faso le 21 février 2011.

En effet une mésen­tente oppose une cama­rade de Justin et son pro­fes­seur pen­dant qu’ils étaient en cours et cela a conduit au départ hors de la classe de ce pro­fes­seur. Le jeune homme se sen­tant vexé par cette atti­tude irres­pec­tueuse de sa cama­rade, l’inter­pella sur son com­por­te­ment et le fait que le pro­fes­seur a quitté la classe sur­tout qu’ils sont en classe d’examen et le moin­dre temps perdu volon­tai­re­ment est sui­ci­daire. Cela condui­sit à une alter­ca­tion entre les deux élèves et la jeune fille (qui sor­tait avec un poli­cier de la ville) le convo­qua au com­mis­sa­riat. Une bas­ton­nade sans merci par le ou les poli­ciers sur le jeune Justin s’entame alors le condui­sant à l’hôpi­tal et par la suite par deux repri­ses chez le pro­cu­reur. Celui-ci le ren­voyait d’aller se faire soi­gner et de reve­nir après, pour quelqu’un qui était en per­pé­tuel danger, jusqu’au jour où il fut encore saisi (cette fois à son l’école) par les mêmes « forces du désor­dre » pour leur exer­cice favori. Cette fois ça sera de trop puisqu’il suc­com­bera. Son carnet de santé est clair : « trau­ma­tisme pour coups et bles­su­res volon­tai­res ».

Les élèves, ainsi que leurs cama­ra­des étudiants bles­sés dans leur amour propre sor­tent dans les rues du 22 au 24 février 2011 pour récla­mer jus­tice pour que ce crime commis ne reste pas impuni. Ils furent for­te­ment répri­més par ces mêmes « poli­ciers », ce qui révolta toutes les cou­ches de la société (com­mer­çants, ouvriers…) et une mobi­li­sa­tion plus grande s’entama condui­sant à des émeutes dans la plu­part des artè­res de la ville. Les gou­ver­no­rats, les palais de jus­tice et les com­mis­sa­riats furent les cibles les plus pri­vi­lé­giés des mar­cheurs (plus de 15 véhi­cu­les incen­diés, des feux tri­co­lo­res détruits, des rues blo­quées…). Des affron­te­ments entre « les forces du désor­dre » et les mani­fes­tants nais­sent et cau­sè­rent fort mal­heu­reu­se­ment six autres vic­ti­mes (élèves, étudiants et poli­ciers). La flamme de cette révo­lu­tion ins­pira d’autres régions (Poa, Kaya, Leo, Ouagadougou où les artè­res de la ville ont été blo­quées à au moins deux repri­ses par les élèves).

Blaise Compaoré et sa bande apeu­rés par ces mou­ve­ments ins­tan­ta­nés révo­lu­tion­nai­res et de crainte d’une conta­mi­na­tion par les révo­lu­tions de l’Afrique du nord (Blaise dégage ! étant entonné le plus sou­vent par les mani­fes­tants) se pré­ci­pi­tent pour donner leur ver­sion de la situa­tion. Un argu­ment plat et si insul­tant vis-à-vis de la popu­la­tion fut envoyé dans le but de pro­té­ger le ou les assas­sins et de sauver la face de ce régime en déclin. Ils sti­pu­lent que Justin est décédé de suite de ménin­gite. Ce qui sus­cita un sen­ti­ment d’indi­gna­tion totale et réac­tiva la flamme et la rage des com­bat­tants pour une jus­tice sociale pour tous, qui for­mu­lent des recom­man­da­tions et exi­gent un cer­tain nombre de départs au niveau des auto­ri­tés loca­les (le gou­ver­neur de la région, le com­mis­saire de police : qui sont déjà partis, le pro­cu­reur, le direc­teur régio­nal de la santé…). Le gou­ver­ne­ment, sur­pris par la tour­nure rapide des mani­fes­ta­tions, de la déter­mi­na­tion pro­gres­sive de la popu­la­tion et de crainte de la presse inter­na­tio­nale pré­sente au Burkina actuel­le­ment pour le FESPACO, décide de la fer­me­ture jusqu’à nouvel ordre des établissements sco­lai­res et uni­ver­si­tai­res.

Mais des mani­fes­ta­tions conti­nuent d’être orga­ni­sées dans la plu­part des régions du pays. Ce ven­dredi 11 mars 2011, Ouagadougou est dans la rue pour récla­mer jus­tice pour Justin Zongo et le départ du pou­voir de la IVe République qui depuis 1987 est en train de conduire le Burkina Faso dans un chaos socio-économique et cultu­rel.

Le Mouvement des Sans-Voix du Burkina Faso pour sa part,

• Condamne fer­me­ment ces assas­si­nats orches­trés dans les dif­fé­ren­tes villes du Burkina Faso depuis le 22 février 2011 ;

• Appelle le peuple Burkinabè à une forte mobi­li­sa­tion pour que ces­sent les tue­ries, la cor­rup­tion, les abus de pou­voir et autres tares soi­gneu­se­ment conser­vées et pro­mues par les plus hautes auto­ri­tés du pays ;

• Appelle les peu­ples de tous les pays de l’Afrique en quête de jus­tice sociale et de liberté, encore épinglés sous les tenailles des gran­des puis­san­ces et de leurs ser­vants locaux à se tenir debout dans une ferme soli­da­rité à l’image des peu­ples de l’Afrique du nord pour sortir l’Afrique de ce chaos socio-économique et cultu­rel afin d’espé­rer une véri­ta­ble union afri­caine pour que ces­sent les immi­gra­tions clan­des­ti­nes, le chô­mage et autres fléaux para­ly­sant le déve­lop­pe­ment du conti­nent noir.

Rien que les droits des peuples !

Mouvement des Sans-Voix du Burkina Faso, 11 mars 2011.

Solidarité du peuple lyonnais au peuple burkinabé contre la répression !

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EVEZARD 24/03/2011 09:51



Mille mercis de porter ces précieuses informations à la connaissance de tous les publics. Le ton de cet article est si juste, les informations si vraies, que je n'ai pas de commentaires à faire.
(ce serait peut-être du détail, et le détail n'a pas sa place ici!) J'étais au Burkina deux ou trois jours après la 'rebellion' à Koudougou. Le JT nous informait des faits, mais tout cela était
'noyé' dans le FESPACO (Festival Panafricain du Cinéma à Ouagadougou).


Bravo pour votre courage et encore merci pour cet article qui fait  chaud au coeur. Même si aujourd'hui je suis plus française que burkinabè - je vis en France depuis près de 43 ans - je
reste originaire de Koudougou et j'y retourne le plus souvent possible.


Alimata Evezard (née Ouédraogo)


 



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