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Cultures et societes en Egypte et dans le monde arabe - Arab and Egyptian cultures and societies


Homo-, Trans- sexualités et islam: article du Monde.

Publié par nicoducaire sur 6 Janvier 2010, 18:56pm

Catégories : #Monde, #LGBTQI

 

Un article lu sur lemonde.fr

 Notoyudan (Indonésie) Envoyé spécial

Le jour, c'est un salon de coiffure ouvert dans une ruelle de Notoyudan, une banlieue de Yogyakarta située au centre de l'île de Java. La nuit, changement de décor. Dans la pièce principale, les miroirs sont cachés derrière de grands draps brodés, la moquette est recouverte de tapis, et près des bacs à shampooing, des tentures en velours et un poster de La Mecque égayent des murs orange défraîchis. Les magazines de mode font place aux reliures du Coran, histoire de finir la transformation du salon en salle de culte. "On réaménage la pièce tous les lundis et jeudis, à chaque séance de prière des élèves. Pour le ramadan, on le fait tous les soirs", confie Mariyani, 52 ans, coiffeuse pour dames et fondatrice de cette école coranique hors du commun.

Le crépuscule vient de tomber. Une dizaine d'élèves attendent déjà à la porte l'heure de la prière du soir. En jean ou voilés, Tika, Cinta, Jak et les autres appartiennent à la communauté gay et transsexuelle de Yogyakarta. A la différence d'autres lieux de culte, celui-ci les accueille à bras ouverts.

Interdits de mosquée en raison de leur orientation sexuelle, ils peuvent, dans cette école réservée aux transexuels, lesbiennes et homosexuels, pratiquer librement leur religion. "L'inégalité religieuse existe en Indonésie, explique Mariyani, en servant le thé à ses élèves. Beaucoup nous considèrent comme anormaux. Certains n'osent plus se rendre dans les mosquées de peur d'être mal traités ou mal perçus. On a pourtant le même droit de prier que les autres." L'école, créée en juillet 2008, attire de tout le pays les laissés-pour-compte de l'islam.

Mariyani se travestit en femme depuis l'adolescence. Ancienne catholique, elle dit n'avoir jamais souffert durant sa vie de chrétienne. Au contraire. "J'ai travaillé dans des églises, à Bali ou à Jakarta, sans avoir été rejetée. C'est peut-être plus facile du côté catholique, mais je me sens malgré tout plus musulmane." Convertie à l'islam, elle découvre la ségrégation à l'entrée des mosquées et l'exclusion des cérémonies religieuses.

Scandalisée, elle fonde Pondok Waria - un refuge pour transsexuels - afin de combattre cette discrimination indigne, selon elle, d'une religion prônant le respect et la tolérance. "Le Coran n'accepte pas l'homosexualité ou la transsexualité, mais ne l'interdit pas non plus. De toute façon, Dieu ne fait pas de différence entre les hommes", insiste-t-elle, consciente que l'ouverture d'un tel centre dans le plus grand pays musulman (210 millions de fidèles), a pu embarrasser les institutions religieuses.

Sur les murs du salon, elle a exposé le portrait des quelques imams qui ont accepté de venir enseigner. Tous prêchent un islam modéré dans des écoles coraniques voisines, et affichent une certaine tolérance à l'égard de ces communautés. "Pourquoi les travestis n'auraient-ils pas le droit de prier ?, interroge Semo Prasetyo, imam à la mosquée Mujahadah Al Fatah, à Yogyakarta. C'est plutôt mal vu ici de côtoyer ou d'aider ces personnes. Mais le Coran ne dit-il pas qu'on est tous égaux devant Dieu ?"

Débutant l'apprentissage d'un islam que beaucoup ont dû pratiquer en cachette, ces élèves ont droit à un programme sur mesure : prière collective, enseignement de l'arabe, lecture du Coran et cours de religion. "On met à leur disposition des fiches pratiques pour leur rappeler ce qu'il faut faire durant les cinq prières obligatoires de la journée. On leur apprend aussi à bien se purifier et à bien remercier Dieu", énonce Mariyani.

Elève à Pondok Waria depuis huit mois, Tika, 27 ans, n'a pas l'impression d'enfreindre les principes religieux. Transsexuelle, elle a été exclue des mosquées. Personne ne savait où la faire prier : du côté des hommes ou des femmes ?

 Elle a donc bâti sa croyance en Dieu seule dans sa chambre. "J'avais besoin d'en apprendre plus sur la religion, mais c'était difficile. Je n'étais acceptée nulle part. J'aurais bien voulu le faire avec d'autres musulmans pour recevoir une grâce plus forte de Dieu, mais ce n'était pas possible", regrette-t-elle. Avec ses ongles vernis, ses longs cheveux noirs et son chemisier en soie, Tika cultive l'ambiguïté jusque sur les tapis de prière.

Agenouillée derrière l'imam, elle prie une première fois en homme, habillée d'un sarong noir. Au rituel suivant, elle revêt une mukena blanche, ce voile traditionnel porté par les femmes, où seul le visage est découvert. Elle priera ainsi vêtue tout le reste de la soirée. "Ici, personne ne me juge ni ne me pose de questions. Le Coran parle de ces changements de personnalité. Je ne fais donc rien de mal."

11 heures le lendemain. Le salon de coiffure, son décor. En djellaba à fleurs, Mariyani attend les clientes. Depuis quelques semaines, elle songe à ouvrir de nouvelles écoles - il y aurait environ 500 transsexuels à Yogyakarta. Si l'effectif est de 25 élèves, âgés de 20 à 50 ans, sans compter les pratiquants de passage, elle sait que les discriminations à la liberté de culte touchent tout le pays.

Depuis des années, les communautés gay et transsexuelle sont dans le collimateur de mouvements religieux. Des organisations, conservatrices comme le Conseil indonésien des oulémas, traditionnelles ou plus radicales, condamnent ces pratiques.

"L'homosexualité est un péché. Mais nous ne considérons pas ces personnes comme des ennemis. Nous allons leur faire prendre conscience que ce qu'ils font est mal", explique Amir Syarifuddin, député et représentant du conseil des oulémas.

 A Pondok Waria, l'imam Aris Widyono partage cet avis. Il prie pour remettre les travestis dans le droit chemin. "Ils souffrent d'une maladie mentale intérieure. Ils peuvent prier, mais ces prières doivent les aider à redevenir normaux."

Mahomet aurait évoqué "quatre types d'individus (qui) seront matin et soir soumis à la colère de Dieu (...) : les hommes qui cherchent à ressembler aux femmes, les femmes qui cherchent à ressembler aux hommes, celui qui s'accouple avec un animal et celui qui a un rapport sexuel avec un homme."

Partisane de réinterpréter le Coran, Siti Musdah Mulia milite pour une meilleure intégration des homosexuels dans la vie religieuse. Professeure de pensée islamique à l'Institut des sciences, elle riposte avec un autre extrait du Coran : "Hommes et femmes sont égaux, indépendamment de leur ethnie, de leur richesse, de leur position sociale et même de leur orientation sexuelle." Selon elle, l'homosexualité est "naturelle" et vient de Dieu. "C'est l'essence même d'une religion que d'humaniser les êtres humains et de leur devoir respect et dignité", conclut-elle.

Arnaud Guiguitant

 

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