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nicoducaire

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Cultures et societes en Egypte et dans le monde arabe - Arab and Egyptian cultures and societies


Parution d'un 'nouveau' livre d'Alaa EL-Aswany

Publié par nicoducaire sur 9 Février 2009, 00:33am

Catégories : #Egypte


Lu sur Alif mag:

Alaa El Aswany : "Quand j’écris, je n’ai plus peur"

Le 08-02-2009 par Arnaud Saint Jean


L’auteur de "L’immeuble Yacoubian" et de "Chicago" publie enfin ce qui fut son premier roman, écrit il y a plus de dix ans. Alif l’a rencontré, à l’occasion de la sortie de la traduction française.


 

"J’aurais voulu être égyptien" -  célèbre phrase de Moustafa Kamel, qu’un des personnages d’Alaa El Aswani s’amuse à moquer – vient de paraître en français. Dans ce recueil, l’auteur compile son tout premier roman ("Celui qui s’est approché et qui a vu") et un ensemble de nouvelles.  Longtemps interdit de publication par l’Office du Livre pour insulte à l’Egypte, l’ouvrage rassemble tous les ingrédients qui ont fait le succès de l'écrivain dentiste : au travers de portraits d’Egyptiens de la rue, une critique cinglante des dérives d’une société soumise à la dictature et à ses démons.


En introduction de "J'aurais aimé être Egyptien", vous prenez le temps d'expliquer que le roman est comme le cinéma : une certaine image, mais pas la réalité. Et que c'est cette confusion, notamment de la part des censeurs, qui a longtemps empêché la parution de cet ouvrage, dans lequel votre personnage critique très violemment l'Egypte ?


Je crois que si mon personnage est si dur envers l'Egypte, c'est parce qu'il l'aimait vraiment, mais qu'il a été déçu. S'il n'aimait pas son pays, il serait indifférent. Les gens ont cru que c'était un moyen pour moi d'exprimer indirectement mes opinions, mais ce n'est pas le cas. Il existe un point commun entre l'écrivain et l'acteur : à un moment donné, on est presque "possédé" par son personnage. C'est aussi pour ça que j'ai utilisé la première personne, qui forcément accentue le malentendu.

Dans un roman, l’action est plus intéressante que le sujet ou le contexte seuls. Dans "J'aurais aimé être Egyptien", c’est la réaction du personnage, face  aux particularités égyptiennes qui m’intéressait : offrir un exemple parfait des conséquences qu’une dictature peut avoir sur une personne intelligente, douée, mais peut-être trop sensible. Dans un autre contexte – une démocratie par exemple – cette personne aurait eu une autre vie.


Au grès de ses déceptions et de sa perte de repères dans la société égyptienne, le héros de votre roman se marginalise progressivement, jusqu’à perdre la raison. La folie est-elle un risque inhérent à la dictature ?


La folie n'est qu'une vision différente et la ligne de démarcation entre le fou et le génie peut-être extrêmement fine. D’ailleurs, pour mon personnage, on n'est jamais sur. Mais oui, le risque est plus grand dans un pays comme l’Egypte : ici, l’intelligence ne trouve pas beaucoup de réponses, aucun encouragement. Je ne pense pas, par exemple, que les Français soient plus intelligents que les Egyptiens, mais ils ont la chance de pouvoir l'utiliser.


Car l’intelligence dérange toujours dans un pays comme l’Egypte ?


L’intelligence dérange la dictature, bien sur. Le simple terme "intellectuel" dérange encore, car il synonyme de savoir, de "savoir trop". Et dans un contexte comme le notre, il n’y a que deux choix : "vous êtes avec nous", ou "vous être contre nous". Si vous êtes avec nous, vous atteindrez les sommets et le confort, mais vous vous perdez votre âme, votre intelligence. Le plus dur est de rester indépendant, mais il faut en payer le prix.


Au moment de publier enfin ce roman, écrit il y a plus de dix, avez-vous eu envie de le retoucher, de l’actualiser peut-être?


Je ne crois pas forcément en l'évolution de l'écrivain dans le temps. C’est sans doute vrai pour les acteurs et dans beaucoup de métiers, où l’expérience compte beaucoup. Mais je connais énormément d'écrivains qui ont écrit leurs chefs d'oeuvre au commencement de leur carrière et qui n'ont jamais fait aussi bien après.


Malgré votre liberté de ton déclarée, existe-t-il des lignes rouges que vous vous imposez ?


Non, si je calcule, je me bloque et je ne peux plus écrire. L’écriture est un moment de vérité et il y a une contradiction naturelle entre l'écriture et la peur. Quand j'écris, je n'ai pas peur.


Et la pression des éditeurs, l’attente des lecteurs ? Cela pèse sur vos choix ?


Je me fous de la quantité et j'essaie de ne pas trop écouter les appels extérieurs. Je veux rester fidèle, malgré cette pression des éditeurs et l’appel du profit, qui existent vraiment. Mais je ne veux pas tout perdre. Alors je reste tranquille, je prends mon temps et peut-être que l'année prochaine, si je m’en sens prêt, je sortirai un autre roman.


J’aurais voulu être égyptien
200 pages ; Actes Sud

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